Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Y'a Quoi Ici??

  • : Ma bibliotheque de l'imaginaire
  • Ma bibliotheque de l'imaginaire
  • : Amas de critiques et d'avis sur les oeuvres de littérature de l'imaginaire que j'ai aimées, principalement parce que j'aime écrire.
  • Contact

Bienvenue Voyageur...

guerrier

Recherche

Sommaire

6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 18:34

51cry8qeUML

 

Nous y voilà. Ce recueil de nouvelles trône fièrement dans ma bibliothèques depuis trop longtemps sans que je me résolve à en goûter la saveur. Son auteur, Alain Damasio, est sans conteste mon auteur préféré, toute origine, époque et style confondus.

Je m'en vais donc savourer cet écrit avec grand bonheur dans les jours à venir et, une fois n'est pas coutume, noter petit à petit chaque nouvelle sur 2 puisqu'elles sont au nombre de 10. C'est un pari risqué car je ne suis vraiment pas client de nouvelles en général, et bigre, imaginez qu'il se retrouve avec une mauvaise note? Voyons donc...

(nb: je rédigerai sans doute une introduction plus élaborée dans les jours qui viennent mais comme je viens de terminer la premiere nouvelle, autant m'y mettre au plus vite. Car à l'origine, fût la vitesse, le pur mouvement furtif, le vent-foudre... Extrait de son 2nd roman ^^ )

(nb, oui j'en mets un 2eme rien a faire: si vous trouvez des mots surprenants où à l'orthographe effrayante au cours de cette critique, ce ne sera que pour vous donner un aperçu des jeux de language que l'auteur aime a disséminer dans ses écrits (et pour en prolonger la magie pour moi) )

 

Les Hauts® Parleurs®

Le contexte: une contre-utopie, à savoir, un futur pas reluisant. Un futur ou le capitalisme a bouffé l'Humanité. Un futur où les mots eux-mêmes se vendent et s'achètent, c'est l'aspect le plus important de ce monde dans l'histoire qui nous est contée: l'utilisation des mots hors de la sphère privée est soumise à la possession d'une autorisation à prix variables (sauf pour une poignée de mots élus pour rester dans le domaine public). C'est juste... étouffant d'absurdité et effrayant de probabilité. Quand on voit l'inéptie dans laquelle s'enfonce notre societé dans certaines domaines, on peut se demander si dans 4000 ans une telle alliénation serait vraiment impossible. Dans ce monde, à Phoenix en Arizona, un petit groupe a décidé de lutter, les Hauts Parleurs. Dans quelques immeubles au centre de la ville se sont réunis des érudits, des écrivains etdes orateurs de tous pays pour inventer une nouvelle langue formée de néologismes principalement et dont ils se servent pour revendiquer le droit à la parole, la lutte contre ce système etc... Ainsi ils survolent la ville sur leurs véli vélos et clament leurs textes à grands coups de mégaphone. Au début j'ai trouvé que c'était par trop absurde pour etre réaliste mais au final... Aucun homme de l'antiquité n'a imaginé la bombe atomique et pourtant elle a existé... Le temps est tout puissant et malheureusement coupable de plus de tragédies que de miracles....

Le comte Exte: ou "le héros". Dénommé Spassky, ce dernier vivait dans la Zone 17 (le quartier de Phoenix dont je parlais précédemment) depuis des années, sans s'impliquer outre mesure dans la lutte contre cette societé. Un écrit par-ci par-là, mais rien d'important. Le jour où son petit chat va mourir lors d'une averse de "grêle rouge" (provoquée involontairement par la societé responsable de réguler le climat dans la majorité des pays dits développés), il deviendra un vrai Haut Parleur.. Peut-être le meilleur d'entre eux. Il choisira comme style (ces derniers ont 4 styles différents) le "monophonème", introduisant dans ces textes le phonème /cha/ aussi souvent que possible dans divers jeux sur la langue. Sa notorieté lui amènera bien des soucis que je vous laisse découvrir. Son style, auquel on goûtera régulierement, est très bon et son charactère aussi. On l'apprécie beaucoup.

Le con d'texte: il est splendide. Damasio n'est pas mon auteur préféré pour rien. Outre cette contre-utopie à l'allure impossible mais dont on appréciera au final justement l'aspect infiniment effrayant, cet homme manie la langue comme un roi. Si l'on vivait dans un monde parfait (ou pas?) où les pays seraient remplacés par des notions, le monsieur serait président du Language. Si ce n'est Pape de l'Esprit, car il aborde ici un sujet complexe, le capitalisme, dans un monde ahurissant qu'il a créé, et le tout en s'approchant au plus près d'une véritable perfection dans le maniement du verbe, aussi bien dans les textes créés par les notre Haut Parleur préféré, truffés de poésie urbaine et conte-en-peau-reine, que quand l'auteur nous décrit ce monde exécrable, comment l'humain en est arrivé là et ce que cela implique... C'est juste... Parfait. Je l'ai déjà dit quelques fois, mais on reconnait la réussite littéraire aux frissons qu'elle apporte. Ici, Alain Damasio procure au lecteur 3 types de frissons: dans les moments dramatiques, dans l'évocation de la révolte et dans les moments de joie que l'on ressent quand notre Héros Parleur est récompensé pour ses bonnes actions. Et sans les mots justes, racontez ce que vous voudrez, vous ne provoquerez pas autant de frissons.

Donc bref, cette nouvelle n'a que des qualités et me donne très envie de continuer cette découverte. Alain Damasio est définitivement un écrivain hors du commun qui même à travers un écrit qui ne s'inscrit pas dans mes goûts habituels ne me déçoit pas, et pourtant j'en attendais énormément... Mazet, comme j'aurais aimé que cette nouvelle soit un roman de 1500 pages... Hop, 2/2 pour Les Hauts® Parleurs®.

 

Annah à Travers la Harpe

Une nouvelle bien différente de la première. Beaucoup moins de critique de la societé, même si Alain Damasio y écorne un nouveau mode de parentalité, le tout sécurité où l'on oublie simplement d'être un parent.

En effet l'histoire retrace le voyage d'un homme qui va chercher sa fille de 5 ou 6 ans, à travers l'Enfer. Un Enfer très loin de sa représentation habituelle, puisqu'on n'y croisera pas les habituels démons (ou presque) mais au contraire, le héros ne rencontrera que des êtres le guidant dans sa quête. Un Enfer composé de différentes couches, toutes plus psychédéliques les unes que les autres, à base de coccons hurlants, de harpe gigantesque, de marche parmi les souvenirs... Ces souvenirs, très présents d'ailleurs, sont touchants dans leur symbolisme d'arme contre la mort, aussi bien dans notre monde que dans le sien. Derniers thèmes très liés, l'enfance et l'amour. La fille de notre protagoniste est souvent présente sur cette route, et ses mots enfants, si bien en discours direct que quand le narrateur décrit l'environnement, tranche avec la dureté à la fois de cette histoire mais aussi avec les éléments de leur vie avant l'accident ou de leur societé qui sont décrits. Quant à l'amour, c'est bien évidemment celui de ce père pour sa fille qui est le fil rouge de l'histoire, et tout ce qu'il y apporte: rage, désespoir, volonté, courage... Le tout porté comme il se doit par le style fulgurant d'Alain Damasio qui troque cette fois les néologismes estomaquants de la premiere nouvelle pour des associtations tout aussi marquantes: les adjectifs sont presque toujours à la fois incrongrus et frappants. Frappants d'émotions, de sincérité... et d'une originalité délectable, pour le lecteur comme pour l'auteur je pense, comme Zidane en son temps s'amusait avec le ballon et suscitait l'admiration du spectateur, Damasio fait la même chose avec les mots. Il joue avec et en fait un spectacle de capoeira, alliant danse émouvante et coup de pied fracassant à longueur de page.

Encore une fois, une grande réussite donc. Plus sentimentale, moins expérimentale, mais toujours aussi originale et vire-Voltante. 2/2 pour ce psychédélique et émouvant conte des origine(/alités).

 

Le Bruit des Bagues

Nouvelle beaucoup plus courte que les deux premières, donc hop, je m'en inspire.

Histoire d'amour, societé de consommation à outrance (les marques sont devenues des prénoms, pour avoir des réductions dans la marque que l'on affuble à notre enfant), état policier démesuré (tout le monde porte une bague qui enregistre les déplacements, les discussions, les achats...), attentat terroriste et histoire d'amour (moui ca fait deux fois, je sais). Et bien sûr, tout aussi parfaitement ciselée que les deux premières. Ah et deux frissons à la toute fin aussi, mais j'avais déjà décidé de donner 2/2 à ce moment là, bien la preuve que ce n'est qu'un bonus facultatif (mais appréciable).

 

C@PTCH@

Encore un bijou. Pour faire bref, disons qu'avant cette nouvelle, du jour au lendemain, les enfants et les adultes d'une ville ont été séparés, chacun des deux groupes se retrouvant d'un côté de la dite ville. Pour se retrouver, il faut donc la traverser... Or elle est truffée de "pièges", dont personne ne comprend l'apparition, mais qui inéluctablement "zappent" ceux qui tentent de traverser, les faisant passer dans une sorte de "monde virtuel", les "digitalisant" en quelque sorte. Raconté comme ça, un samedi matin à 10h , par un sympathique critique qui AURAIT DU faire cette critique il y a deux semaines déjà, ça peut paraître obscur.... Dans les faits, c'est juste captivant. On en apprend un peu au fur et à mesure (ce que deviennent les nouveaux nés, le temps qu'il s'est écoulé depuis la séparation, et encore beaucoup d'autres choses), les tentatives de traversée sont à couper le souffle, action halletante et pièges farfelus à chaque ligne, et l"histoire, elle aussi, avance, et de la plus belle des manières. Quand je dis de la plus belle des manières, ça veut dire que ça alterne scènes réjouissantes avec instants poignants, et c'est tout ce qu'on aime lire, surtout sous la plume d'un Grand qui d'ailleurs, comme dans LA Horde du Contrevent, joue ici sur l'alternance des différents narrateurs (poussant d'ailleurs jusqu'à plus ou moins varier les médias... Très original) et il est toujours aussi bon à cet exercice. Bref, que du parfaitement parfait de bout en bout, un nouveau 2/2.

 

So Phare Away

Hop hop hop, encore une nouvelle aux narrateurs multiples et à l'univers venu d'une imagination que l'on ne peut qu'admirer. A vous de juger: notre planète est atteinte d'un mal étrange: régulièrement (tous les 3 mois vous dirais-je mais, encore une fois, j'aurais du rediger cette critique il y a des jours et des jours....) une sorte de marée d'asphalte, d'océan sombre et implacable s'élève de dizaines de mètres en quelques minutes, figeant dans le bitume tout ce qu'elle engloutit et laissant derrière elle, une fois qu'elle se retire, de nouveaux bâtiments, de nouvelles routes... et de nouveaux morts. Ceci a deux conséquences: tout d'abord, et c'est certainement métaphorique, ce "monde de bitume" a en quelque sorte... phagocyté l'humanité de notre monde, dans le sens ou les routes sont plus importantes que les jambes: partout les voitures roulent à toute allure et il n'y a plus de place pour les piétons (vraiment hein. Tu veux sortir de chez toi, tu prends ta voiture ou tu meurs...). Et deuxième chose, les phares. Face à ce monde où la communication a disparu sous le bruit des moteurs, et où un océan étrange vient régulièrement tout raser et reconstruire, certains ont décidé d'utiliser les phares (que cette asphalte fait naitre régulièrement) pour communiquer silencieusement, par codes, signaux, couleurs, ondes et lumière. Déjà c'est carrément magnifique je trouve, mais en plus c'est très bien raconté, puisque par différents narrateurs qui ne se connaissent pas tous (mais sont tous "pharistes"), dont certains étaient présents à la naissance de ce mouvement, certains ont arrêté d'émettre pour quelque raison etc etc... Et chacun donne son opinion sur ce monde haut en couleur. A noter que les multinationales de la publicité sont rapidement montés dans le train en marche, occupent de plus en plus de "place" et prévoient d'occuper pratiquement tout l'espace lumineux d'un "2ème étage" qui se prépare, suite à l'élévation de tours de plus en plus hautes... Vous avez l'impression que je vous ai raconté l'histoire hein? Non c'est juste le contexte... L'histoire en vrai, c'est une histoire d'amour entre deux pharistes. Et c'est super joli, touchant, sensuel et passionné. J'aime bien quand Damasio parle d'amour aussi. Bref, contexte super, histoire d'amour maitrisée, plume toujours aussi bonne... 2/2 me direz-vous? Que nenni, chèr lecteur ! La fin est un peu... baclée? Nulle? Ridicule? Je l'aime pas en tout cas, quelqu'en soit la raison. Alors bim pas de 2/2 mais 1.5/2 quand même parce que à part cette fin, le reste est toujours aussi impeccable.

 

Les Hybres

Alors celle-ci.... L'histoire d'un artiste (d'un univers étrange, comme on commence à en avoir l'habitude) qui n'a rien produit depuis 3 ans et part dans une fonderie pour.... piéger des sortes d'animaux/objets/mutants avec une torche qui tire de la lumière bizarre, pour les ramener et les exposer... Ca parait bizarre hein? Ca l'est... Sérieusement j'ai pas bien bien compris l'intérêt de cette nouvelle... Obscure, courte, sans travail "damasien" sur le style (bien que les créatures aient des noms un peu loufoques...) Elle ne m'a fait ni frissoner, ni réfléchir.... A croire que l'auteur ne l'a mise dans le livre que pour que la note que je vais donner à l'ouvrage ne soit pas trop abusée... Enfin bref.. Au moins elle était courte, mais vraiment décevante par rapport aux autres... Je lui mets quand même 1/2 car, de par sa brieveté et son auteur, on n'a pas le temps de s'ennuyer et cette lecture reste relativement agréable car bien écrite... Mais c'est un petit plaisir très superficiel, et cette nouvelle ne restera clairement pas gravée dans ma mémoire comme... bah toutes les autres jusque-là. 

 

El levir et le livre

Bon, j'ai lu cette nouvelle il y a déjà plusieurs mois et je n'ai pas trouvé la motivation de venir tout de suite... Je POURRAIS la relire, mais non. Je la relirai quand le moment sera venu et pas par obligation, ça irait contre ma philosophie. Alors qu'est-ce que ça raconte, "El levir et le livre"? C'est extrèmement damasien, sachez-le. Si ma mémoire est bonne (et ce n'est pas certain donc au besoin je reviendrai corriger mes énormités), c'est l'histoire d'un écrivain. Un écrivain "surnaturel" en quelque sorte, dont la charge est plus ou moins d'écrire l'Histoire (ou plutôt le Livre comme l'ouvrage nous le présente), celle qui est ancrée dans l'univers, un univers fantastique où il croisera des esprits de la foudre, des êtres surnaturels et consors. Cette histoire il ne l'invente pas, il l'écrit par écriture automatique, petit à petit, avide d'en connaître la fin un jour, peut-être. Et il ne l'écrit pas simplement assis devant sa feuille: il doit utiliser toutes les "encres" (comme son sang par exemple) et sur toutes les "surfaces" (comme le ciel) qu'il pourrait imaginer, en changeant à chaque quatrain. Et aussi en lettres de plus en plus énormes, dont les dernières font des kilomètres d'envergure... Ca paraît fou car ça l'est. C'est l'un des atouts de cette nouvelle: une histoire dont la folie est telle qu'on ne peut qu'oublier son absurdité pour continuer à la lire, et ainsi elle gagne une crédibilité aussi forte qu'une nouvelle de littérature blanche: si l'on accepte de croire pour quelques minutes au monde fou proposé par Alain Damasio où les mots sont à l'origine (et au dénouement?) de tout, alors cette nouvelle est une parfaite description de la quête ultime qui pourrait y être accomplie, celle qui, comme il le dit, permettrait "d'accéder à la Vérité de l'Être, de la Nature, ou du Monde". Et la plume épique, douloureuse et profonde de l'auteur français est étonamment (ou pas) à la hauteur de cette quête magistrale, de ce combat entre les mondes du physique et de l'intellect. Non vraiment, cette nouvelle est magnifique, je devrais la relire. 2/2.

 

Sam va mieux

Une nouvelle plutôt étrange, lue il y a plusieurs mois aussi. On y suit un homme qui parcourt les relicats d'une civilisation d'où toute présence humaine a disparu. Il reste les routes, les immeubels et tout ce qui a été construit par le passé mais plus âme qui vive. Cet homme recherche donc un éventuel survivant accompagné de Sam, présenté comme son fils adoptif. Sam est malade, s'exprime bizarrement, paraît un peu attardé mais il accompagne son papa à travers la ville au silence omniprésent. Sam n'est jamais vraiment décrit, et les rares informations qu'on a sur son apparence ou sa personne éveillent la curiosité tant on n'y trouve pas grand chose qui nous rappelle un être humain.Cette nouvelle m'a moins marqué que beaucoup d'autres car elle est la plus difficile à mettre en images, peut-être justement parce que son auteur garde un mystère sur l'apparence de Sam. Paradoxalement c'est aussi l'une de ces principales qualités puisqu'ainsi le suspens gagne peu à peu le lecteur, suspens qui, bien heureusement est dénoué lorsque s'achève ce... conte? Néanmoins avant ce dénouement, j'ai eu du mal à vraiment m'attacher aux personnages et à leur aventure comme ce fut le cas pour les autres nouvelles. Ajoutez à cela l'écriture est plus conventionnelle, au niveau d'un bon écrivain et non du génie qu'est bien souvent Alain Damasio, et vous comprendrez je pense que cette nouvelle n'obtienne qu'1/2, grâce tout de même à son monde bien pensé, sa plume tout de même de bonne facture, notamment en ce qui concerne la dimension dramatique de certaines scènes, et surtout sa fin qui répond à nos questions de fort belle manière

 

Une stupéfiante salve d'escarbilles de houille écarlate

Pour le coup, je viens de la lire, ça change. Première stupéfaction: elle se déroule dans le monde de "la Horde du Contrevent", meilleur roman jamais écrit à mes yeux. Difficile d'imaginer que cette nouvelle a trainé dans ma bibliothèque plusieurs mois, sans que je le sache. L'eussé-je su, je me serais rué dessus, probablement à ma première ouverture du recueil. Toujours est-il que bien qu'ancré dans ce monde, elle tranche radicalement avec la Horde du Contrevent. On y suit deux personnages, narrateurs successifs (oui bon, TOUT ne tranche pas radicalement), qui n'ont rien à voir avec la Horde: Ile et Aile. Ile est aéromaître, comme Oroshi pour la Horde, et emploie sa connaissance du vent à fabriquer avec passion tout engin permettant de le dompter et d'en user en guise de propulseur. Aile est sa compagne, une Angélique, autant dire un ange. Voilà qui tranche, tiens, un ange? Soit. À vrai dire, cette nouvelle abrite un bestiaire surprenant: Barf, Condor de Brume, Gorgone, Papillon de Poussière, hélicornes... Cette nouvelle se déroule-t-elle à une époque très éloignée de la Horde du Contrevent où certaines créatures s'ajouteraient au monde que nous connaissions déjà? Peut-être, ou peut-être n'en a-t-il pas été fait mention car elles n'intervenaient pas dans les quelques aventures de contre que le roman nous offrait. En parlant d'aventure, cette nouvelle nous fait vivre un évènement de grande ampleur: dans la ville d'Alticcio, que nous connaissions déjà, le Barf, un être de mu (énergie que je rapproche du vif, qui n'est étonamment pas cité... autre période? bis repetita...) organise une grande course entre divers participants qu'il a choisi lui même. Il a insufflé le mu dans ces participants, si bien que leurs émotions prennent forme autour d'eux: la colère produit du feu, la tristesse de la glace... c'est très résumé mais ce texte va probablement être bien assez long malgré la vulgarisation que j'y apporte. Donc le Barf a insufflé le mu dans ces "candidats", et le vainqueur de la course volante qui les oppose a pour ambition, d'après lui, de trouver celui qui a le plus de chance de rapprocher les humains de cette formidable énergie, de créer un "mumain" (ou plutôt un muêtre puisque seulement deux candidats sur une grosse dizaine sont humains... en gros). On assiste donc à cette course pour le moins épique où tout est permis, notamment tuer ces adversaires, à part être aidé par quiconque. Force est de constater que cette nouvelle surprend: par sa vision très différente du même monde que dans la Horde tout d'abord mais aussi paradoxalement par sa proximité niveau stylistique. Si Ile peut faire penser à ce foubadour de Caracole par instant, c'est surtout Aile qui, lorsqu'elle nous narre cette histoire, rappelle furieusement la Horde... où plutôt c'est l'auteur lui même qui reprend sa place, tant ce n'est pas par les mots même que les styles se rapprochent, mais par leur rythme et leur capacité à transporter les émotions. Dès les premières lignes où Aile prend la parole, j'ai eu l'impression de relire la Horde du Contrevent. J'ai lancé la splendide bande-originale de cette dernière, réalisée par Arno Alyvan, et j'ai commencé à lire cette nouvelle à voix haute, comme j'aime à le faire avec la Horde. Et mon ressenti a été le même, comme si le texte était écrit pour être luclamé, et mes capacités "thétrales" m'ont à nouveau surpris, pendant les passages émouvants, coléreux, tristes. Je n'ai pas porté les mots de ma voix parfois hésitantes, ils ont porté ma voix (par foi, hésitante). Et bien sûr, comme ma dernière parenthèse peut vous amener à l'imaginer, Alain Damasio joue encore une fois avec les mots et, comme je l'espère cette parenthèse le fit, leur donne une absurde connivence qui, à mes yeux, flirte avec une forme de magie hasardeuse. Je pourrais sans doute écrire une thèse sur cette nouvelle d'une trentaine de pages, tant le plaisir de retrouver cet univers, sous un angle différent mais dans un style si proche, est un ravissement pour le fan que je suis. Mais je me retiendrai pour cette fois. Par paresse peut-être. Par sentiment que je perds mon temps au vu du peu de retour? (en fait non, je m'en balance mais c'était pour dire: commentez si vous avez l'audace de lire tous ces pavés). Ou simplement pour m'adapter au format de la nouvelle... Voire parce que je commence furieusement à avoir un genre d'affection très intime avec cette oeuvre (le roman, dont cette nouvelle est un addendum au final) et que je me dis que d'une part mes réflexions à son sujet n'intéressent que moi et que d'autre part, je préfère les garder pour nous (moi et l'oeuvre). Enfin bref, avant de donner 2/2 à cette nouvelle, j'ajoute que l'épiphanie de cette lecture fut sa conclusion, qui apporte ENORMEMENT à la compréhension de ce monde (j'y vois une explication des origines mêmes du vent, de la vitesse, du lien), une bénédiction quand on a depuis longtemps commencé à considérer que les questions posées par les personnages de la Horde du Contrevent (et de cette nouvelle) peuvent servir à tracer des parrallèles avec notre monde. Et quelle prouesse d'incarner ces concepts dans des évènements si captivants et si spectaculaires - dans une langue ciselée et sidérante. Merci. 2/2 

 

Aucun souvenir assez solide

Dernière nouvelle du recueil. Elle fait deux pages et d'après moi est plus écrite pour le contentement de son auteur que de ses lecteurs. Un genre de décor de science-fiction, un homme qui, avec l'aide des "Formeurs" revisite ses souvenirs, ou plutôt reconstruit une réalité basée sur ces derniers, pour, d'après la toute fin du texte, récupérer un souvenir spécifique qu'il a vécu avec une femme précise. On ne connaît aucun des personnages, plusieurs morceaux de souvenirs épars et relativement insignifiants s'enchaînent sans que j'y vois une finalité réelle. Le style est dans l'ensemble damasien, mais rien de marquant: les mots sont choisis avec soin, le rythme est percutant mais il n'y a pas les fulgurances dont l'homme est capable. Mais encore une fois, je pense que ce texte est plus cathartique que vraiment littéraire, d'autant plus qu'il est dédicacé à une femme portant le même prénom que celle que son personnage recherche dans ses souvenirs. Toujours est-il que si note il devait y avoir, ce serait 0.5/2 pour un texte qui est loin d'avoir la saveur des autres et surtout qui n'apporte pas grand chose à son lecteur.

 

En résumé donc, une très bonne lecture, riche, profonde, diversifiée, stylisée, hétéroclite, foisonnante, lumineuse et parfois géniale, dont les baisses de niveau sont largement assez rares pour se faire totalement oublier. À ce sujet d'ailleurs, j'ai décidé de ne pas prendre en compte la dernière nouvelle dans le calcul de la moyenne car, encore une fois, je ne pense pas qu'elle soit vraiment destinée au lecteur -la postface du livre pourrait suggérer le contraire, mais fi. Ainsi par un subtil calcul mathématique, je parviens à une note finale de 17.77 que, par une subjectivité que je prends plaisir à réinstaurer dans cette conclusion, j'arrondis à 18/20. C'est pas parfait et ça me chagrine un peu, mais le recueil de nouvelles est un exercice qui complique férocement la tâche tant il est improbable qu'un lecteur lambda ne trouve aucun défaut dans aucune des nouvelles qui lui sont proposées. Mais si la subjectivité était la seule Trace suivie par mes critiques, et non l'un des quelques membres de mon système de notation, considérez qu'il aurait probablement obtenu 20.

 

Les +: le style Damasien; une nouvelle dans l'univers de La Horde du Contrevent; une lecture qui fait réfléchir sur une infinité de concepts; on trouve de tout (amour, arts, action, contre-utopie...) dans des scènes allant du drame à l'explosion de bonheur

 

Les -: je n'ai rien compris à la postface (mais si vous aimez Deleuze, Foucault, La Boétie et consors, ça devrait vous parler); comme toujours avec Damasio, on s'attriste de l'unicité de son genre (s'il pouvait n'être qu'un des nombreux auteurs de poèmes philosophico-épiques et non pas "l'inventeur du style damasien", le mondre en serait bien meilleur, surtout qu'il écrit tellement lentement...)

Partager cet article

Repost 0
Published by Balt - dans Fantastique
commenter cet article

commentaires