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  • : Amas de critiques et d'avis sur les oeuvres de littérature de l'imaginaire que j'ai aimées, principalement parce que j'aime écrire.
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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 01:40

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Retour à la science-fiction avec ce qu'on appelle un classique. On notera avant toute chose que l'on traite ici des deux premiers tomes du cycle "Les Cantos d'Hypérion", qui compte 8 volumes en tout, séparés en 4 paires de livres, ce qui explique la critique de ces deux premiers volumes: ils forment un ensemble à eux deux, "Hypérion", qui sera suivi de "La Chute d'Hypérion", les tomes 3 et 4 de la même saga donc. Je parle ici du découpage de la version française dont je dispose, celle dont la couverture est juste au-dessus.

 

Infos: Hypérion était à l'origine un roman de space opera en un seul volume, publié pour la première fois en 1989 et écrit par l'Américain Dan Simmons. Il devait être assez épais à l'époque, puisqu'ici, séparé en deux volumes pour la version française publiée chez Pocket, ces deux livres s'achèvent respectivement aux pages 296 et 282. À part ça, cet écrit a remporté les prix Hugo et Locus en 1990, et il les mérite bien.

 

Résumé: Cette histoire nous entraîne plusieurs centaines d'années dans le futur de l'humanité. La Terre n'est plus qu'une planète en ruine et inhabitée, ravagée par les guerres et les activités humaines. Fort heureusement, notre espèce a émigré aux quatre coins de l'espace. Un gouvernement mondial appelé l'Hégémonie s'occupe de planifier la colonisation des nouveaux mondes ainsi que la répartition et l'organisation des centaines de milliards d'individus que compte à présent la race humaine. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, ou presque, quand la planète Hypérion, la plus énigmatique des planètes de l'Hégémonie est le théatre d'évènements depuis longtemps redoutés: le gritche, invincible créature de légende dont beaucoup doutent de l'existence, commence à s'en prendre à la population, alors même que les capteurs semblent indiquer que les Tombeaux du Temps, autour desquels il rôde depuis toujours, semblent sur le point d'enfin s'ouvrir. Personne ne sait ce que contiennent ces Tombeaux. La seule certitude, c'est qu'à l'intérieur le temps s'écoule à l'envers et que "quelqu'un" y a enfermé "quelque chose" dans le futur, dans un but inconnu... Et tous ces mystères seront bientôt éclaircis, pour le meilleur ou pour le pire. Ah, et toutes les légendes disent aussi que leur ouverture provoquera, peu ou prou, la fin du monde... Toutefois, les légendes disent aussi qu'un groupe dé pèlerins pourrait bien éviter ce cataclysme. Ces sept pèlerins sont les héros de ce roman.

Information importante: ces deux volumes n'étant qu'une sorte d'introduction à ce cycle, l'histoire ne va en gros pas plus loin que ça. En effet, Hypérion se concentre sur les histoires personnelles de chacun de ces pèlerins, des histoires qui expliquent pourquoi ils ont été choisi pour mener ce pèlerinage (ils sont tous liés au gritch ou aux Tombeaux, d'une façon ou d'une autre).

 

Personnages

Ils sont donc sept à jouer un rôle prépondérant dans cette histoire: un consul, un prêtre, un poète, une détective, un commandant, un templier et un vieil homme accompagné d'un bébé.

Mon système de notation est mis à mal par la forme de ce livre, car chacun de ces personnages est à 80% défini par l'histoire qu'il raconte à ses camarades. Des histoires qui, évidemment, seront notées dans la partie suivante de cette critique... 

On va donc faire dans le succinct: ils sont très réussis. Un peu d'archétypes par-ci par-là (le commandant, à l'esprit militaire très carré, le poète alcoolique et irrévérencieux...) et d'autres ayant simplement tel ou tel caractère pas forcément lié à leur place dans la societé mais s'opposant délicieusement à ceux des autres, souvent pour contrebalancer les membres les plus agités du groupe, en calmant les situations ou, au contraire, en ménaçant ouvertement de leur coller une beigne.

En effet, les moments où les personnages racontent leur histoire aux autres (et au lecteur par la même occasion) alternent avec la progression du pèlerinage, en général sans évènement majeur, mais permettant à tous ces personnages d'intéragir. Il est d'ailleurs bien agréable, pour le lecteur, d'appréhender différemment ces intéractions au cours de l'oeuvre à mesure qu'il en apprend plus sur les personnages: si au début leurs échanges sont ceux de sept parfaits inconnus, petit à petit certains ne le seront plus alors que d'autres le resteront assez longtemps. C'est plutôt une qualité à mentionner pour l'aspect stylistique de l'oeuvre, mais ça rentrait bien dans cette partie. Donc, pour les personnages, 4/5 car un ou deux d'entre eux sont peut-être un peu trop discrets dans le groupe, bien que leurs histoires soient tout aussi passionnantes que celles des autres.

 

Histoire(s)

Voilà une grande réussite. Mini-spoil: seulement six des sept pèlerins racontent leur histoire. Mais toutes les six sont réellement captivantes, l'une d'elles atteignant même le statut de "bouleversante" (et certaines autres s'en approchant), et croyez-moi, je ne suis pas du genre à offrir ce genre d'adjectif à un drame ou une amourette lambda. L'histoire dont je parle pourrait à elle seule occuper un roman entier (celle de Sol Weintraub, pour les curieux). Donc, que du bon.

Ajoutons à cela la trame générale, avec ces Tombeaux envoyant la fin du monde depuis le futur, et cet archange de la mort qu'est le gritche.

Ajoutons à cela une excellente représentation de cette societé humaine du futur: tout y est assez parfaitement pensé, que ce soit la technologie, les religions, l'organisation de cette gigantesque Hégémonie...

Ajoutons à cela la lente apparition de deux antagonistes plus ou moins officiels s'opposant à la race humaine et qui sont, eux aussi, proche de la perfection pour ce genre de space opera: le TechnoCentre composé d'IA créées par les humains, ayant fait sécession mais ayant des rapports cordiaux avec l'humanité (du moins en surface) et les Extros, une race de mutants découlant de l'évolution d'humains ayant quitté l'Hégémonie et, quant à eux, en guerre ouverte avc l'Hégémonie (bien que, ne disposant pas de leur technologie, ils ne la menacent pas vraiment). 

Voilà, tout est très très réussi. Et avec plein de références à la culture de l'Ancienne Terre, c'est à dire aux poètes ou aux penseurs auxquels nous même faisons référence dans la vie de tous les jours. Donc assez logiquement, 5/5 pour l'histoire.

 

Style

Le roman se lit avec beaucoup de plaisir et sans la moindre difficulté, c'est déjà un bon point. Tout coule très naturellement et la lecture n'est jamais ralentie par une hésitation sur un terme ou une question de syntaxe. Et en fait, c'est un exploit compte tenu de la quantité astronomique de néologismes et de vrais termes scientifiques (mais dont le lecteur n'a pas la moindre idée de la signification réelle) dont est parsemée l'oeuvre. Je vous promets, le roman est truffé de listes de termes incompréhensibles qui peuvent faire plus d'une dizaine de lignes et dont on n'a pas la moindre idée de ce à quoi ils renvoient précisément. Néanmoins, on sait plus ou moins de quoi il est question (systèmes de propulsion, de production d'énergie ou que sais-je encore) et au fond on a l'impression que ces termes nous sont parfaitement connus et, en fait, on apprécie vraiment ces listes, qui sont un trait caractéristique du style de l'auteur, car on les lit avec une sorte d'émerveillement: on admire tous ces mots et ces expressions bizarres, mais qui paraissent naturelles, comme si on voyait un feu d'artifice ou un coucher de soleil pour la première fois. C'est vrai quoi, on ne les a jamais lu(e)s avant, et on ne les relira sans doute jamais plus... et comme tout est bien trouvé, eh bien ça émerveille un peu.

J'ajouterais aussi l'agréable alternance entre les histoires de nos personnages, se déroulant bien souvent sur de nombreuses planètes très peuplées et aux décors époustouflants, avec les scènes de huis clos entre nos pèlerins, en général dans des espaces très réduits ou dans des environnements pour le moins hostiles. Les décors et les situations varient grandement et, forcément, le style s'adapte à ces variations, avec beaucoup de maîtrise.

À part ça, les dialogues sont très naturels, comme bien souvent avec les romans que je prends la peine de venir critiquer ici, et il en va de même pour les descriptions. À ceci près que l'univers de ce roman permet aux descriptions, je pense notamment à celles des paysages, d'avoir une diversité presque infinie: les trois-cent planètes colonisées par l'Hégémonie et reliées entre elles par le réseau distrans (en gros, la téléportation de planète à planète, au diable le vitesse de la lumière...) fournissent des cadres allant des plaines arides de Mars aux îles naviguantes d'Alliance Maui (vraiment naviguantes hein, elles sont équipées de voiles et migrent au gré des saisons), en passant par les mégalopoles auxquels on ne peut couper en science-fiction (sans oublier les gigantesques vaisseaux-arbres sillonant l'espace ou le réseau de données du TechnoCentre, façon Matrix.)

Encore une fois, que du bon, saupoudré de très bon, avec un petit arrière-goût d'excellent. 5/5 pour le style. (On notera d'ailleurs que l'auteur s'amuse à faire varier son style, passant par exemple en focalisations interne lorsque Lamia Brawne raconte son histoire alors que ce n'était pas le cas pour les autres personnages. Et ce n'est que l'exemple le plus évident de ce type d'exercice stylistique.)

 

D'un point de vue personnel

J'étais fâché avec les classiques de science-fiction avant cette lecture: j'avais beaucoup aimé le cycle d'Ender, lu il y a une quinzaine d'années, mais dont la relecture ne m'avait vraiment pas absorbé (je ne l'avais pas finie d'ailleurs), puis j'avais entamé Fondation que je n'avais pas aimé, ainsi que Dune, même déception. Autant dire que j'ai parcouru les premières lignes d'Hypérion avec la (stupide) quasi-certitude que je n'aimerais pas. Et puis finalement non, je dois me ranger à l'avis général, c'est un chef d'oeuvre. 

Magnifiquement écrit et magnifiquement pensé (l'Hégémonie est un modèle de societé science-fictionnesque), l'ouvrage touche à tout: l'amour, la poésie, la guerre, la maladie, la trahison, la fin du monde, le voyage dans le temps... Vraiment tout, et servi par une des plumes qui, si elle n'est pas la plus frissonnante qu'il m'ait été donné de lire (clin d'oeil furtif à Alain Damasio) parvient à rendre incroyablement fluide un texte foisonnant de termes complexes, ainsi qu'à s'adapter magnifiquement à cette histoire aux mille et une saveurs, allant de la bataille médiévale à coups d'arcs et de flèches aux pistolets lasers, en passant par la discussion avec des dauphins nostalgiques de l'Ancienne Terre ou par des scènes de désespoir immense. Et n'oublions pas Martin Silenus, notre poète, qui se plaît à clamer quelques vers dès que la situation lui en laisse l'opportunité. Un vrai tour de force. Bref, Hypérion est une oeuvre dont l'essence science-fictionnesque permet surtout une richesse inouie dans les décors, les scènes et les émotions (aidée en cela par le fait que l'oeuvre raconte principalement six histoires différentes, chacune avec ses propres lieux et ses propres personnages, principaux comme secondaires). Un pari ambitieux mais que Dan Simmons mène à bien grâce à une excellente plume qui lui a permis de remporter deux prix pour le moins prestigieux et mérités. Mon plaisir à cette lecture a été de 5/5.

 

Ce qui nous amène à 19/20, une note qu'Hypérion mérite amplement. J'aurais pu baisser un peu la note subjective car j'ai été un peu déçu quand même: je m'attendais à ce que ce premier diptyque ait une sorte de conclusion, et ce n'est pas le cas. Vraiment, ces deux romans se concentrent sur les histoires personnelles des pèlerins, et si vous voulez savoir ce qu'il adviendra du gritche ou des Tombeaux du Temps, il faudra lire la suite. Mais après tout, cette lecture a quand même été un très grand plaisir et on ne peut pas tout avoir: si la trame principale avait avancé, ces six histoires auraient été plus courtes et, franchement, elles sont tellement bien que c'eût été bien dommage.

 

Les "plus": l'univers; les personnages et leurs histoires; le style incroyablement fluide malgré une complexité élevée; l'histoire de Sol Weintraub qui ferait à elle seule un excellent roman; la multitude de scènes et de décors extrèmement variés.

 

Les "moins": un ou deux personnages un peu en deça; on reste sur sa fin niveau trame principale et il est impossible de faire une pause pour lire autre chose avant de reprendre le cycle: on a besoin de savoir ce qu'il se passe après cette fantastique introduction.

 

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