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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 15:37

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Vurt, un bouquin de SF pas comme les autres. Si j'osais, je dirais que son contenu est aussi atypique que son titre.

 

Infos: Vurt est un roman écrit par Jeff Noon, auteur britannique de son état, et publié pour la première fois en 1993. Si vous aimez les "cycles" de roman, sachez que Vurt se déroule dans un monde réutilisé par Jeff Noon dans ses quatre romans suivants, allez donc demander à Maître Wikipedia, il en sait plus que moi à ce sujet. Cet ouvrage est assez court: il s'étend sur 349 pages dans l'édition de la Volte dont vous pouvez voir l'éclatante couverture ci-dessus. Une dernière chose avant de passer aux choses sérieuses: Vurt n'est pas un roman à mettre entre toutes les mains, surtout pas entre celles des plus jeunes d'entre nous. Comme dirait Maiître Chat: soyez prudents. Soyez très, très prudents.

 

Résumé: Dans un Manchester futuriste où les robochiens côtoient les ombrefilles (entre autres), les "plumes" sont une drogue dure, mais parfaitement légales pour le plupart d'entre elles, qui transportent ses utilisateurs dans divers "mondes de vurt" psychédéliques. Toute la vie de nos héros tourne autour de ces plumes, ce n'est pas pour rien qu'ils s'appellent "Les chevaliers du speed". Ils en ont essayé une grande quantité et comptent bien continuer comme ça. Sauf que le narrateur, Scribble, a une quête qui lui tient à coeur: retrouver l'amour de sa vie, qui n'est autre que sa soeur, Desdémone, "coincée" dans un de ces mondes de vurt après avoir ingéré une plume jaune, les plus dangereuses, celles dont on ne peut pas sortir simplement par la volonté: soit on "gagne" et on sort, soit on y meurt. En l'occurence, elle n'a ni gagné, ni perdu la vie: elle est restée coincée tandis que Scribble est retourné sur Terre avec une chose de même valeur que la chose perdue (ce qui arrive parfois avec le vurt). Ainsi, Scribble compte bien écumer tous les dealers de plume de Manchester jusqu'à retrouver cette plume dorée précise et ainsi procéder à l'échange inverse, sa soeur contre la Chose (oui, le truc qu'il a récupéré en échange est sobrement appelée la Chose, c'est un genre de gros extra-terrestre fait de vurt pur et ressemblant à une énorme guimauve... enfin je crois.)

 

Personnages

Nos chevaliers du speed s'appellent donc Scribble, le Beetle, Mandy et Bridget. 

Scribble est un excellent narrateur, précis dans tout ce qu'il nous raconte, y mettant la touche de subjectivité parfaite et, au-delà de ça, il tient bien son rôle de héros: souvent en proie au doute, la quête qui l'anime le pousse à se dépasser et donc on ne s'enlise pas dans des pages et des pages d'atermoiements stériles.

Le Beetle est son meilleur pote taré, parfaitement toxicomane, kamikaze, et parfois méchant avec ses camarades. Il en est néanmoins le leader, même si le fait qu'ils cherchent tous à ramener Desdémone, soeur de Scribble mais également ancienne membre de leur groupe, fait que Scribble lui subtilise parfois ce rôle. Il est plutôt réussi également.

Mandy est la petite nouvelle, qui a remplacé Desdémone. Elle est agréable aussi, notamment pour sa grande témérité (elle leur sauvera la mise plus d'une fois).

Bridget par contre est la moins réussie. C'est une ombrefille (mi-ombre, mi-fille, heureusement que je suis là pour tout expliquer), qui passe son temps à dormir et à entrer dans la tête des gens. Elle n'est pas désagréable, seulement moins colorée que ses camarades.

Bon, il y a moult autres personnages, plus ou moins importants, Murdoch la fliquesse qui les poursuit à travers tout Manchester, Maître Chat qui rédige une sorte d'hebdomadaire sur le vurt et que nos personnages rencontreront, Twinkle, la jeune voisine des chevaliers du speed, qui gagnera en importance et apportera une touche de fraîcheur très bienvenue... Tous réussis. Arrêtons-nous néanmoins sur ce joli couple que forment Tristan et Suze, d'anciens utilisateurs de plumes ayant arrêté. Non, ce qui est à citer, et cela illustrera bien le côté atypique de ce roman, c'est leur chevelure. Tristan et Suze sont un couple de rastas aux interminables dreadlocks, interminables et emmêlées. Je veux dire, celles de Tristan son emmêlées avec celles de Suze, depuis des années et des années, si bien qu'ils sont littéralement inséparables et ne peuvent s'éloigner l'un de l'autre de plus de quelques mètres. Coup de chance, ils sont follement amoureux l'un de l'autre. Je trouve ça assez joli, et surprenant, pour être mentionné. 

Que du bon, à part Bridget qui est mi-bonne, alors 4.5/5

 

Histoire

C'est vraiment de la SF pure et dure. On croise beaucoup de choses qu'on ne comprend pas, on en comprendra certaines plus tard, on affinera nos suppositions pour d'autres, on restera dans le vague pour une partie. En fait, il y a 5 races pures dans ce monde, comme on l'apprend vers le milieu (après les avoir toutes croisées donc): les humains, les robo, les ombres, les chiens et les vurt. Chaque race pouvant se croiser avec les autres, on a donc les robochiens, les ombrevurts etc etc. C'est compliqué. Et on ne sait pas précisément quelles sont les caractéristiques de telle race ou de tel métissage. C'est un exemple. Il en va de même pour les prises de plume: parfois Scribble sera "sorti" de son rêve (c'est par ce mot que sont qualifiés les "trips") par un camarade secouant son corps dans le monde réel, mais alors, si le corps reste dans le monde réel, comment Desdémone a pu "ne pas revenir" (son corps est aussi dans le vurt) ou comment se fait-il qu'on puisse échanger des objets dans un rêve? C'est assez obscur, mais on s'en fiche un peu car ce n'est pas le plus important. Et après tout, nos personnage sne comprennent pas toujours ce qu'il leur arrive, alors ce n'est pas bien grave que le lecteur soit dans le flou sur certaines choses aussi.

Ceci étant dit, l'histoire file à toute vitesse et avec délice, on ne s'ennuit pas un chapitre. On alterne les allers et venues dans des lieux glauques de ce Manchester futuriste avec les rêves psychédéliques, mais surtout, Scribble avance toujours dans sa quête, sans temps mort. Et cette avancée s'accompagne, pour le lecteur, d'incessantes découvertes, de ce monde bizarre, des différents types de plumes, des différentes races, de nouveaux lieux... Le tout parsemé de quelques drames qui, s'ils touchent les héros (et leurs lecteurs), ne les ralentissent jamais  dans leur progression.

Plutôt bon, 4/5 sanctionné par les quelques flous laissés, volontairement ou non, par l'auteur quant à certains aspects de ce monde, et le fait que, oui, les drames c'est agréable à lire quand c'est bien écrit et qu'on s'est attaché aux personnages, mais il eût été agréable qu'ils soient contrebalancés par certains moments de pure joie qui manquent à ce roman.

 

Style

Le style est à l'avenant de ce monde, à la fois cru et psychédélique.

Cru parce que violence et sexe font partie intégrante de la vie des chevaliers du speed: un héros pourra être recouvert du sang d'un malheureux, un salopard d'hommechien pourra enfoncer lentement ses griffes dans la gorge du toutou de nos héros en guise de menace, et le sexe... Pour faire court, rappelons que l'histoire d'amour motivant nos héros s'écrit entre un frère et sa soeur, les moments d'intimité pourront donc paraître dérangeants à certains, mais sûrement moins dérangeant que la scène de pornvurt où le héros, dans la peau d'un chien, sera tenté par la croupe de son actrice X préférée... Heureusement, je vous rassure, si l'auteur se permet ce genre de folies, c'est clairement plus par provocation que par perversité: ces scènes sont extrèmement courtes et peu descriptives. D'ailleurs, grâce à cela, je ne les considère pas comme un défaut de ce roman, seulement comme une spécificité motivant le fait de ne pas le mettre entre toutes les mains.

Et un style psychédélique, donc, à défaut de trouver un mot plus adéquat, puisque du point de vue de la prose c'est parfois le grand chaos. Déjà, on est face à un style "courant de conscience, c'est à dire que la narration est faite au fil de la pensée du narrateur. Une phrase peut s'arrêter en plein milieu, reprendre plus tard, se répéter deux ou trois fois... C'est très courant. Tout aussi courant que les phrases en italique sensées exprimer la pensée du narrateur... ce qui est improbable si le reste est déjà en mode "courant de conscience"... Disons que ce sont des pensées appuyées, volontaires... Enfin je crois... Bref, c'est psychédélique !

On pourrait croire à lire ces deux paragraphes que je n'aime pas le style de cette oeuvre. C'est faux. Je ne l'aimais pas au début. Et puis en fait, c'est comme tout, on s'y fait, et on finit même par l'apprécier. Il faut simplement être prêt à être déstabilisé par la syntaxe de temps en temps, souvent même, mais à poursuivre la lecture sans revenir quelques mots en arrière pour s'assurer qu'on n'a rien mélangé. Il en va de même pour les mots en eux-même, qui surprennent dans une oeuvre littéraire mais sont utilisés sciemment pour représenter ce monde et le rendre plus concret: quand nos héros visitent l'appartement d'un gang d'hommechiens, on est surpris au début quand on nous explique qu'il y a de la "merde" partout par terre, et puis finalement, au bout de deux pages, on a incorporé ce mot comme une des caractéristiques de l'environnement, et la force de ce simple mot tient dans le fait qu'il est probablement aussi désagréable à lire que ces merdes sont désagréables à voir et à sentir par nos héros. Rien de tel que d'affronter des difficultés similaires que les héros pour partager leurs aventures, non?

Et sinon, nuançons cette partie ma foi plutôt glauque et à l'allure repoussante en mentionnant le fait que la violence, le sexe border-line et tout le reste de l'oeuvre, sont décrits avec force couleurs et une bonne dose de poésie. Les gerbes de sang sont éclatantes et s'impriment parfaitement sur la toile de fond grisâtre de ce Manchester où il pleut constamment. Le profond amour que ressent Scribble en embrassant sa soeur nous amène vite à oublier ce lien de parenté, sur le moment, et à apprécier la suite de la scène que l'on finit par trouver trop courte. Et je ne parle pas de la pendule dont les pétales tombent à chaque heure... On croirait parfois lire du Boris Vian. 4/5 pour le style, dur à apprehender dans le fond comme dans la forme, mais une fois dompté, s'inscrivant parfaitement dans cet univers sombre et empli de drogues conduisant dans des mondes aussi chaotiques que cette syntaxe peut parfois l'être.

 

D'un point de vue personnel

Une bonne lecture. Une très, très bonne lecture. De bons personnages, une histoire qui progresse sans jamais ralentir, au contraire, des scènes d'action et de tension, des rêves psychédéliques dans lequels se débattent les héros, de bons personnages, principaux ou secondaires, un univers fascinant, des sentiments décrits avec assez de talent pour nous faire oublier parfois leur aspect dérangeant... Même la fin est réussie ! Simpement, encore une fois, ne pas le lire si vous êtes facilement choqués par certaines choses. Au risque de me répéter, je vois ces spécificités comme simples provocations dénuées de perversion, mais je conçois tout à fait qu'elles puissent nuire au plaisir de lecture. M'enfin, 4.5/5 pour cette note subjective, car pour moi ce livre est un pari risqué, cru et ammoral du point de vue de notre société, mais réussi car justement il s'inscrit dans une autre société. Et je trouve justement intéressant de profiter de la science-fiction non pas seulement pour raconter une histoire avec des machins technologiques etc. mais aussi pour décaler le curseur de ce qu'on peut écrire, de ce qui est normal, ou non, dans une société. J'enlève quand même un demi-point pour le style peut-être un peu trop lourdement chargé en néosyntaxie.

 

Donc au final, 17/20 pour Vurt. Très bonne note, à présent que je viens ici parler de mes lectures quotidiennes plutôt que de celles qui m'ont marqué par leur excellence. Choquant et poétique, voilà une combinaison d'adjectifs pour décrire ce roman et que je trouve être un mélange savoureux pour une lecture hors des sentiers battus. Je finirai par une petite réflexion personnelle: je me suis demandé si cet univers était utopique ou contre-utopique. Ces plumes qui font voyager dans d'autres mondes sont addictives, c'est un fait, et apportent plus d'ennuis que de bonheur aux héros dans ces quelques pages. Mais c'est l'histoire qui veut ça. Si ces plumes existaient vraiment, qu'on connaissait le danger de chacune, ne serions nous pas heureux de nous envoler avec elles, en prenant bien soin d'éviter les satanées plumes jaunes? Moi ça me tente pas mal, cette réalité alternative éphèmère...

Et puis, à la toute fin du roman, après une page laissée blanche, juste une ligne nous accueille au milieu de la page de droite: "... un jeune garçon ôte une plume de sa bouche."

Je ne vois pas le moindre lien entre cette phrase et l'histoire du roman. Alors je l'ai prise pour moi. J'ai terminé Vurt et je me réveille. Les plumes sont une métaphore de nos livres? De nos films, de nos séries, de nos jeux-vidéos et que sais-je encore? Ca se tient. Il ne nous reste plus qu'à chercher attentivement les plumes jaunes et à les éviter comme la peste.

 

Les "plus": univers riche; style plein de couleurs qui contrebalancent les évènements sombres ou tragiques; une floppée de personnagees très réussis; une lecture vraiment dépaysante, au risque de parfois choquer; bon mélange d'action, de "trips" et de sentiments; une fin réussie

 

Les "moins": le style parfois très (trop) déroutant; pas mal d'aspects de l'univers que l'on ne comprend pas tout de suite voire jamais (du moins pas entièrement); une histoire d'amour frère-soeur et une société où les chiens et les humains peuvent se reproduire entre eux qui pourront choquer certains lecteurs

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