Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Y'a Quoi Ici??

  • : Ma bibliotheque de l'imaginaire
  • Ma bibliotheque de l'imaginaire
  • : Amas de critiques et d'avis sur les oeuvres de littérature de l'imaginaire que j'ai aimées, principalement parce que j'aime écrire.
  • Contact

Bienvenue Voyageur...

guerrier

Recherche

Sommaire

16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 00:35

706016.jpg

 

Bienvenue. Voilà une nouvelle critique d'un roman inspiré des nombreux jeux de rôles que l'on peut regrouper sous l'appelation "World of Darkness" (WoD). Celui-ci s'inspire plus précisément de Vampire: The Masquerade, soit le premier jeu sorti il y a plus de 20 ans. Sans entrer trop dans les détails, l'univers de WoD est semblable au nôtre à ceci près que les vampires, les fantômes, les loup-garous, les êtres féériques et différentes factions d'humains luttant généralement contre certains de ces bestiaux (mages et hunter) existent bien que la population n'en sache rien. On s'intéressera ici plus précisement aux vampires qui sont les seuls intervenants dans ce roman. Il en existe 13 clans, chacun ayant des pouvoirs, des ambitions et des défauts différents, eux-mêmes organisés en 2 sectes: la Camarilla, qui oeuvrent pour une societé vampire organisée et cachée car l'Inquisition, chasse aux vampires organisée par les humains durant le Moyen-Age, reste un mauvais souvenir pour eux, et le Sabbat, plus partisans de "la loi du plus fort" (par exemple, exterminer un large groupe d'humains n'est pas un soucis, tant qu'il n'en reste aucun en vie pour raconter ce qu'il a vu). Pour se faire une idée des différentes entre les 13 clans, citons les Giovanni qui peuvent asservir les fantômes (et qui sont d'ailleurs les seuls à pouvoir communiquer avec eux); les Nosferatu à la laideur monstrueuse mais capables de devenir quasiment invisibles pour quelques minutes; ou les Gangrel, qui ont la capacité de se transformer en bête sanguinaire (au sens propre comme au figuré). Et ils sont 13... Et ils sont pas contents...

 

Infos: Alors... The Fall of Atlanta n'est en fait pas un roman à proprement parler... À l'origine, chaque clan s'est vu illustré d'un roman, tous écrits par un auteur différent et publiés sur plusieurs années. Mais dans le Monde des Ténèbres comme dans le nôtre, tout est lié: chaque roman avait ses personnages principaux et son fil narrateur mais beaucoup d'évènements étaient relatés dans plusieurs d'entre eux, d'un point de vue différent et, parfois, pour une raison différente. Ainsi, quelques années après la parution du dernier d'entre eux, une sorte d'anthologie a été créée. C'est d'autant plus pertinent que l'organisation des romans de base est la suivante: plein de mini-chapitres allant d'une demie page à unedizaine de pages, introduits par la date, l'heure et la ville où l'action se déroule. Ainsi, cette anthologie est un mélange de tous ces chapitres, replacés dans leur ordre chronologique et agrémenté chaque fois d'un petit symbole permettant au lecteur d'identifier le roman d'origine (et donc le clan d'appartenance du personnage principal s'il était encore inconnu). Ceci est donc le premier volume de cette anthologie qui en contient quatre. Sa publication date de 2003, il s'étale sur 590 pages et n'est trouvable qu'en langue anglaise. Les auteurs cités sur la page de l'éditeur sont Stewart Wieck, Gherbod Fleming, Eric Griffin et Kathleen Ryan, mais je les soupçonne d'avoir allégé la liste par manque de place...

 

Résumé: C'est le bordel ! Alors que les prophètes du clan Malkavian sentent arriver la fin des temps annoncée depuis toujours (ce qui, au final, ne change pas de d'habitude, mais quand même...), les 2 clans du Sabbat (les Lasombra et les Tzimisce) lancent l'assaut sur Atlanta, l'une des nombreuses villes contrôlées par la Camarilla, et envisagent même de poursuivre leur route à traversles Etats-Unis si ils sont victorieux. À côté de ça, de puissants artefacts que l'on croyait disparus sont convoités par plusieurs groupes de vampires et leur réunion pourrait bien amener un danger encore plus grand dans le monde des Caïnites (un autre mot pour désigner les vampires).

 

Personnages

Forcément, il y en a des tas. Si chaque roman à l'origine de cette anthologie avait, disons, 3 personnages principaux, imaginez le résultat. Je ferai court en ne citant même pas les plus importants, car il n'y en a pas vraiment, mais simplement en analysant l'impression générale qui s'en dégage. Elle est plutôt très bonne. Les personnages et leurs caractères sont très variés, et c'est dû non seulement au jeu de rôle dont est inspiré le recueil et qui a évidemment accordé une importance significative au fait de définir chaque clan précisément, mais aussi aux auteurs qui ont chacun su rester parfaitement fidèles au matériau de base. Mais même au sein d'un même clan, les personnages sont travaillés et leurs actions ou leurs dires sont diversifiés et cohérents. Petit bémol pour les Malkavian qui sont parfaitement incompréhensible, mais ce sont des prophètes réputés pour être tous atteints de folie et être incompréhensibles, donc... Et second bémol: on ne s'attache vraiment à aucun de ces personnages. Après tout c'est normal, on suit des vampires: des êtres sans grande morale et s'opposant les uns les autres pour le pouvoir et non pas pour "rendre le monde meilleur". Néanmoins, quand on joue à ce jeu, on peut parfois, dans une certaine mesure, "jouer un gentil", et ici il n'y en a pas vraiment... Ce qui est bien dommage car dans cette folle quantité de personnages, on aurait aimé avoir UN héros qui, bien qu'on ne suive ses aventures que très épisodiquement, nous donne vraiment envie qu'il remporte la mise sur ses rivaux... Il y en a peut-être un, mais on ne le voit que sur une grosse vingtaine de pages qui ne se trouvent qu'au tout début du livre. Espérons qu'on le retrouve dans les prochains volumes. Donc 3.5/5 pour les personnages.

 

Histoire(s)

Comme le suggère le titre et comme je l'ai moi même révélé précédemment, l'évènement le plus important de ce recueil est l'assaut d'Atlanta par les vampires du Sabbat, notamment certains très puissants envoyés directement du vieux continent dans ce but précis. C'est déjà une bonne chose, puisque cette lutte entre la Camarilla et le Sabbat constitue le pilier de l'univers de World of Darkness, côté vampires du moins. Et l'adepte de cet univers, qu'est forcément tout lecteur de cette anthologie qui s'étale au final sur 2000 pages en anglais, appréciera de suivre une offensive majeure du Sabbat qui, si elle se concrétise, affectera immensément l'équilibre des forces. À côté de ça il y a cette fameuse histoire d'artefact, très intéressante et qui a le mérite de faire intervenir plusieurs humains (conscients ou non de l'existence des vampires), reliant ainsi les deux mondes. En fait, la trame de l'histoire met en jeu nombre d'aspects sociétaux, mais chez les vampires: politique, guerre, marchandage, enlèvement et même histoire d'amour, on a droit à toute la palette. Le tout, encore une fois, en suivant un fil rouge des plus captivants pour qui s'intéresse à cet univers. Donc sur ce point un bon gros 4.5/5, nuancé par le fait que pour l'instant aucun fait de très grande envergure n'a lieu, si ce n'est la prise (ou non) d'Atlanta, mais on n'en voit pas encore les répercussions. Une mini-nuance à un demi-point toutefois, puisque c'est tout à fait pardonnable pour un ouvrage qui n'est après tout qu'un quart de l'anthologie.

 

Style

Ici, le bât blesse. Déjà le style en lui-même varie beaucoup, certainement en raison des nombreux auteurs. Certaines scènes de combat ou certains dialogues politiques sont proches de la perfection quand d'autres "chapitres" sont bien moins captivants voire difficile à comprendre, que ce soit dans le fond ou dans la forme (bien que je considère avoir un niveau d'anglais très correct). Les petits chapitres faisant en moyenne 4 ou 5 pages sont, à mon avis, une qualité: le rythme est rapide et les descriptions à l'utilité discutables sont absentes. Ca avance bien, et on n'a pas le temps de s'ennuyer. Mais si le bât blesse c'est à cause de l'essence même de l'ouvrage: du début à la fin, un mélange de chapitres issus de plusieurs romans et mettant en jeu une quantité hallucinante de personnages. Si l'idée est bonne pour refaçonner ces 13 romans traitant de sujets proches, le résultat est infiniment dur à suivre. On oublie petit à petit les noms des personnages, on retourne vérifier ce qu'ils faisait de leur non-vie 50 pages plus tôt, parfois pour se rendre compte qu'en fait on ne les avait jamais rencontré auparavant... Bref, c'est un peu beaucoup le bordel et il faut s'accrocher pour ne pas (trop) perdre le fil. Cette sensation a bien sûr tendance à s'estomper petit à petit, mais étant donné la quantité de personnages, dont certains ne prennent une réelle importance qu'en cours de route, j'avais toujours des hésitations sur la fin. Avec un peu de chance, d'ici la fin des 2000 pages cette nuisance aura complètement disparu, mais pour le coup elle m'impose de noter le style de The Fall of Atlanta assez durement avec un 1.5/5.

 

D'un point de vue subjectif

J'ai pris plaisir à lire cet ouvrage, malgré les difficultés citées juste au-dessus. Que ce soit pour l'histoire, l'univers bien retranscrit ou le rythme. La plupart des personnages sont intéressants et leurs interactions sur fond de complot participent à faire de ce premier tome une lecture agréable. Malheureusement, le problème inhérent à l'effet "13 romans dans un seul" a grandement nuit à mon plaisir de lecture et m'empêche d'attribuer subjectivement une note supérieure à 3.5/5 bien que dans le fond, le livre soit au-dessus de cette note... sans ce problème.

 

Au final on a une note de 13/20. En deux mots: une anthologie qui ravira les fans de Vampire: The Masquerade n'ayant pas peur de s'embourber dans, à vue de nez, une grosse cinquantaine de personnages dont il faut connaître les noms et les fonctions et qui parfois attendent plusieurs centaines de pages avant de vous rappeler leur existence.

 

Les +: l'univers en lui même et la fidélité avec laquelle il est utilisé; une trame principale mettant en jeu la lutte entre la Camarilla et le Sabbat, soit le pilier de cet univers; la richeses des situations (politique, combat, discussions entre collectionneurs d'antiquité, torture, cambriolages...) et l'originalité du point de vue vampirique; les artefacts dont la puissance est suggérée et qui donnent très envie de lire la suite pour en savoir plus; la diversité des personnages qui, bien que tous plutôt maléfiques, ont des manières d'être bien différentes.

 

Les -: trop de personnages à retenir; quelques mini-chapitres sans intérêt, sans lien avec l'histoire et très obscurs; l'abscence de héros animé par de bonnes intentions; un peu long à démarrer.

Repost 0
Published by Balt - dans Fantastique
commenter cet article
23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 02:47

51vDXpForyL.jpg

 

Bienvenue dans cette première critique de roman issu d'un jeu de rôle (papier) de la série World of Darkness, jeux de rôles édités par White Wolf Publishing. En quelques mots, ils décrivent un monde semblable au nôtre, quoi qu'à l'ambience un peu plus sombre (ne traînez pas dans les rues la nuit), mais où une grande majorité de ce qui ne sont pour nous que des mythes, comme les vampires, les loup-garous, les êtres féeriques, les fantômes ou les sorciers existent, sans que les humains ne soient au courant. Chacune de ces races est divisée en clans, tribus ou autre, et se font souvent la guerre, que ce soit entre races ou entre clans. C'est compliqué et très riche, ce qui m'a d'ailleurs amené à me plonger dans cet univers qui est probablement le plus riche des univers où cohabitent tous ces êtres, puisque chaque race est au centre d'un jeu de rôle à part entière. Chaque civilisation est donc décrite en long et en large dans des dizaines de livres de règles dont la longueur varie d'une quarantaine de pages à plusieurs centaines. Vous aurez un rapide aperçu de cette richesse dans l'avant-propos à venir où je vous dirai quelques mots de la "race" qui nous intéresse dans ce roman, les "wraiths", autrement dit les fantômes.

 

Infos: "Beyond the shroud" est donc un roman, ancré dans l'univers du jeu de rôle "Wraith: the oblivion", lui même faisant partie de ce qu'on appelle "World of Darkness" (WoD pour les intimes). Ce roman, écrit par Rick Hautala et publié en 1997, s'étend sur 295 pages, et si l'univers vous plaît, vous trouverez "Beyond the shroud" dans l'anthologie "The quintessential world of darkness" accompagné de quatre autres récits, chacun centré sur un jeu différent de WoD. Petite info: si je ne m'abuse, on ne trouve ce roman qu'en anglais. Et n'ayant parcouru le livre de règles (trouvable en français par contre) qu'en anglais, je vais visiblement abuser de termes anglais durant cette critique. Vous êtes prévenus.

 

Avant-propos: Ce sera court je pense, car ce roman n'explore qu'une infime parcelle de "Wraith: the oblivion". Dans ce monde, pour certains êtres humains la mort n'est pas vraiment la fin de l'expérience terrestre. Leur "âme" passe dans les "shadowlands", un monde parrallèle ancré à celui des vivants, à ceci près que tout est terne et qu'ils voient la plupart des êtres et des édifices appartenant au monde des vivants d'une bien différente manière: les bâtiments sont en décrépitude, les voitures cabossées, les gens paraissent à l'article de la mort (en fait, plus la "mort" des objets et des personnes est proche, plus ils les voient comme si la fin était déjà arrivée). Précisons également qu'il est très difficile d'intéragir avec ce monde du vivant et que les sens des wraiths sont très diminués: il n'ont plus de toucher ou d'odorat, ils entendent les sons de façon dérangeante (souvent ils n'entendent pas ce qui est important et son assourdis par une simple averse). A cela s'ajoute le fait que chaque wraith abrite en lui une "ombre" (bon pour le coup j'ai traduit le "shadow" d'origine, mais je suis presque sûr d'être bien tombé) qui les attire autant que faire ce peu du côté obscur de la mort... vers la re-mort en fait, vers "l'oblivion", une éternité de souffrance dont on ne peut s'échapper et qui transforme le wraith en "spectre", un être assoifé de violence qui ne cherche qu'a provoquer le malheur autour de lui, pour les vivants comme pour les wraiths en les attirant aussi dans l'oblivion. Et pour finir, les wraiths sont loin d'être de bons samaritains les uns avec les autres: pour preuve, l'équivalent wraith de notre argent est le wraith lui même, que ce soit sous forme d'esclave ou "simplement" pour faire "fondre" son âme et le transformer en objets, notamment les fameuses "chaînes de Stygia" qui font souffrir tout wraith entravé au point de lentement le rendre fou et de lui ôter toute force de se rebeller. Comme vous le voyez c'est pas tout rose et les nouveaux arrivants sont souvent la proie des plus anciens qui fondent sur eux dès leur arrivée. À titre informatif je préciserais que les Shadowlands (la version terne de la Terre) est loin d'être la seule contrée habitée par les wraiths qui occupent en fait tout l'Underworld, un énorme territoire allant de Stygia, leur capitale, jusqu'aux Far Shores, de nombreuses contrées contenant selon la légende toutes les différentes versions du Paradis et des Enfers que les humains ont imaginé, tous ces lieux étant séparés par une chaotique Tempête d'énergie abritant les spectres (entre autres) et plongeant dans l'oblivion le wraith qui aurait la bêtise d'y entrer. Il y aurait encore beaucoup à en dire, notamment sur la "politique" de la societé wraith ou sur les différents courants de pensée, mais cela devrait suffire pour l'histoire de "Beyond the shroud".

 

Résumé: David vient de mourir. Il découvre rapidement quelques particularités des Shadowlands que j'ai mentionné précédemment. En effet il fait partie de ces quelques humains dont l'âme reste ancrée à la Terre car elle y garde des attaches, dans son cas, son ex-femme Sarah. C'est en rendant une petite visite de courtoisie à la demoiselle qu'il s'apercevra du danger qui la menace, à savoir un tout nouveau petit ami qui cache un couteau intringuant parmi ses affaires et qui a l'air d'envisager de s'en servir dès que l'occasion se présentera. Et en effet, ce n'est pas n'importe quel couteau puisque c'est l'une des trois lames qui servit à Jack l'éventreur pour commettre ses meurtres, faisant de cette arme une "relique", un objet au pouvoir terrifiant, pour les humains comme pour les wraiths. Ainsi David luttera à la fois contre le petit ami, mais aussi contre les wraiths qui voudraient s'emparer aussi du couteau (et n'en ont rien à faire que Sarah en soit la prochaine victime), tout en se démenant pour ne pas sombrer dans l'oblivion vers lequel son ombre cherche à le faire sombrer durant tout le roman. Et comme si cela ne suffisait pas, sachez que la fille unique de David et Sarah a succombé à un accident cinq ans avant cette histoire, durant sa neuvième année. Dans une histoire de fantômes, ça peut tout a fait compliquer les choses, vous en conviendrez...

 

Personnages

Deux personnages principaux donc, David et Sarah, dont on suivra les pérégrinations à tour de rôle, chaque changement de point de vue étant signalé par un symbole récurent découpant les chapitres.

David, pour commencer, est plutôt réussi. Il doute souvent, sur sa mort pour commencer, puis sur sa capacité à mener sa quête à bien. Il frôle l'oblivion plusieurs fois, plongeant dans le puits de ténèbres qui s'ouvre dans son "corpus" de wraith, mais il ne manque pas de qualités non plus. Quand il devra faire preuve de courage, voire de témérité puisqu'il s'oppose à des forces qu'il ne comprend pas toujours, il sera là pour jouer son rôle de héros. Peut-être un peu trop hésitant et pas assez sûr de lui (après tout, il réussit en général ce qu'il entreprend, mais il continue à douter énormément tout au long du livre), on lui excusera facilement ce défaut puisque le livre de règles nous explique que l'ombre de chaque wraith, un "personnage" à part entière (bien que désincarné), est responsable de ce lent lavage de cerveau en vue d'amener son hôte vers l'oblivion.

Sarah est tout aussi agréable. Cette femme fait preuve d'une force de caractère incroyable: n'ayant toujours pas fait le deuil de sa fille unique après cinq ans, la mort de son ex-mari (ils sont divorcés depuis six mois lorsqu'il meurt) ravive cette douleuret cette fois sans un mari sur l'épaule de qui verser ses larmes. Et elle en verse des larmes: elle pleure énormément mais trouve toujours la force de continuer, de se lever, d'aller au travail, de sortir. Et quand les choses commenceront à devenir étranges avec le petit ami armé de la relique, elle trouvera encore une fois la force de se potéger. Une belle illustration de la métaphore du roseau qui plie mais jamais ne se rompt.

Bien sûr d'autres personnages parsèment le récit, mais je me contenterai de citer Tony, le petit ami en question. Ce n'est pas un mauvais bougre à l'origine, mais il a eu la malchance de tomber sur le mauvais couteau dans une ruelle. C'est ce couteau qui prend petit à petit possession de son âme, et suivre cette évolution est parfaitement plaisant: il commence par ressentir envers lui une obsession qu'il essaye de rationnaliser, sans grand succès, puis tombe dans le déni de cette "folie" qui s'empare peu à peu de lui, avant de sombrer dans une folie meurtrière pure et dure à la fin.

Des personnages peu nombreux mais bien travaillé et qui explorent chacun un ou plusieurs aspects de la psyché humaine de fort belle manière, surtout que la folie ou le deuil ne font pas partie des sujets les plus courants dans les romans fantastiques, du moins dans ceux que je lis. 4/5 pour les personnages, une très bonne note nuancée par le fait que David pourrait quand même prendre confiance en lui au bout d'un moment (il doute vraiment jusqu'à la fin malgré ses réussites) et que Sarah pleure quand même trop, même si l'histoire s'y prête. Moi ça me bloque un peu niveau empathie avec les personnages. Mais rien de grave.

 

Histoire

Pour commencer, cette histoire est parfaite pour entrer dans le monde du jeu "Wraith: the oblivion". David devient un wraith dans le premier chapitre et on suit avec lui sa découverte progressive de ce que sont les wraiths et les shadowlands. Les interrogations qui sont les siennes sont sûrement les mêmes que celles qu'auraient eu les lecteurs, et les réponses qu'il y trouve lève peu à peu le voile sur cet univers qui, pourtant, reste un mystère jusqu'à la fin.

Pour celui qui connaît un peu le jeu de rôle, l'introduction d'un couteau de Jack l'éventreur est un plaisir tant on imagine qu'il y a là, effectivement, une relique aux pouvoirs assez importants pour que certains wraiths fassent tout pour l'acquérir. Et pourtant, au milieu de tout ça, on a David, un wraith qui ne connait rien à tout ça et qui cherche désespérément à protéger son ex-femme.

Pour finir, n'oublions pas le thème central de cette histoire: la mort, un sujet risqué je pense. Pourtant, on se passionne pour le deuil qui accable Sarah d'un côté (le deuil de son ex-mari mais surtout de sa fille, qui est vraiment décrit avec brio) et la découverte de ce que David trouve après la mort de l'autre côté. À noter que le deuil n'est pas absent de l'esprit de David puisqu'évidemment, se retrouvant dans ce qu'il considère comme "le monde des morts", il repensera également à sa fille, décédée dans ses bras cinq années plus tôt (on notera que je ne spoil pas une possible rencotnre entre eux, à vous de le découvrir)

Donc un sujet casse-gueule, bien maîtrisé, avec des éléments de fantastique pur qui sont découverts, ou plutôt compris, par le lecteur à mesure que David les comprend. 4/5 à nouveau, en sanctionnant l'abscence de toute la partie de l'Underworld qui est déconnectée du monde des vivants et qui est, croyez-moi, encore plus intéressante que les shadowlands. Mais bon, le roman ne fait que 300 pages, et pour un récit se limitant aux shadowlands, l'histoire reste une vraie réussite.

 

Style

J'ai trois points précis à mentionner sur le style alors allons-y:

Tout d'abord l'aspect "pathos" est parfaitement maîtrisé: ce qui est censé être triste ou émouvant l'est vraiment. Rien de pire, je pense, que de lire un truc censé chagriner le lecteur mais ne parvenant pas à éveiller la moindre étincelle d'empathie. Ici ça fonctionne, on lit les longs paragraphes durant lesquels les héros se lamentent sans jamais chercher à sauter un mot, et je crois que c'est la caractéristique principale d'un écrit de qualité. D'autant plus qu'ici il valait mieux réussir à rendre un écrit de cette qualité pour transcrire ce que sont probablement les plus grandes sources de désespoir que l'humain puisse connaître, à savoir la perte d'un enfant et d'un être aimé. J'irai jusqu'à dire que par deux fois la lecture de ce roman a provoqué la montée d'un sanglot dans ma gorge de lecteur au coeur de pierre, ce qui n'est pas exceptionnel mais assez rare pour être souligné.

Ensuite l'aspect fantastique est aussi une réussite: la Tempête d'énergie entourant les shadowlands, l'apparence monstrueuse de certaines rencontres ou le rayonnement étrange que produit le couteau dans les shadowlands sont autant de descriptions surréalistes que l'auteur parvient à réaliser, encore et encore, sans jamais lasser son lecteur et en y apportant les touches d'inconnu qui laissent un doute au lecteur sur la façon dont LUI aurait vu les choses. En effet, les sens et surtout la vue sont assez travaillés dans cet univers et il y a fort à parier que dans les ténèbres de la capuche du Ferryman (un autre personnage) ou dans le chaos d'énergie de la tempête, chacun verrait des choses bien différentes... Il en est de même pour les sons, et lorsque David entend un hurlement troublant à quelques rues de lui, il y distingue plusieurs sons différents, mais le sentiment qu'il ressent nous laisse imaginer lequel de ces différents sons évoquerait ce sentiment en nous... Je suis obscur dans ma description, je le sens bien, mais les sens sont différents et bizarres pour les wraiths et le roman retranscrit ceci à merveille, ce n'est pas ma faute.

Finalement un point négatif: de nombreuses répétitions dans l'utilisation de la langue, souvent de façon trop proches pour que ce soit le fruit du hasard. Un exemple parmi tant d'autres: quand David essaye de parler à Sarah pour la vingtième fois, je ne juge pas nécessaire de préciser au lecteur, pour la vingtième fois aussi, que David sait que la demoiselle ne l'entendra pas. Moi ça m'a gêné. Il y a sans doute une raison, peut-être le fait que dans les shadowlands les wraiths reproduisent les mêmes actions pour l'éternité, ou peut-être pour souligner les rares fois ou les choses se passent différemment (David qui parvient ENFIN à pleurer), mais moi ça m'a vraiment sauté aux yeux et ça m'a apporté un peu de déplaisir.

Donc deux points positifs et un point négatif, on fait la moyenne et on obtient... 3,3, que j'arrondis à 3/5 car dans un roman, si l'on considère les qualités comme "normales" les défauts en revanche sont parfois très dérangeants, surtout pour le style.

 

D'un point de vue subjectif

Une lecture très agréable, sur un sujet auquel je n'ai pas l'habitude et que je n'aurais pas imaginé m'intéresser autant. Parfois, c'est en fait à la limite de la littérature blanche (opposée aux littératures de l'imaginaire) tant les paragraphes sur le deuil sont nombreux et exempts de tout aspect fantastique, mais ils n'en sont pas moins prenants. C'est d'ailleurs ce que j'aime dans l'univers de WoD: un univers très fantastique mais à la fois très ancré dans celui bien réel dans lequel nous vivons. Et ce roman en est un parfait exemple, avec Sarah qui jusqu'à la fin ne saura rien de la lutte auquel se livre David dans l'ombre durant tout le récit. Le tout est porté par une écriture qui sied à merveille à cet univers: mystérieuse et angoissante, mais parfois précise et directe. Il y a vraiment une dychotomie réelle entre le monde réel de Sarah et les shadowlands de David, qui se répercute dans les évènements et dans l'écriture. Je préciserais aussi qu'au-delà de son thème pour le moins adulte, les évènements ne le sont pas moins et il ne s'agit pas là d'une "histoire de fantômes" à mettre entre toutes les mains: le récit est empreint de violence, de cruauté, de naufrage dans la folie etc... L'univers de World of Darkness est comme ça à la base, mais il convenait de le préciser, on ne sait jamais. Bref j'ai assez aimé pour mettre 4.5/5 et si le roman s'était étendu sur plus de pages, je suis sûr que tous les ajouts auraient été aussi intéressants à suivre que les 300 premières.

 

Une note finale de 15.5/20 donc. Une note qui, encore une fois, me convient parfaitement (je deviens vraiment fier de mon barême à force de n'être jamais déçu des notes finales) pour un récit vraiment agréable à parcourir bien qu'avec un style souffrant d'un défaut récurent et un thème qui, à la base, n'éveille pas en moi une folle envie de me jeter à corps perdu dans une telle lecture. En bref, je conseille grandement si vous souhaitez une lecture sombre et empreinte de fantastique sur la mort, et que vous n'avez pas peur de la violence et des longs paragraphes sur le chagrin que la perte d'un enfant peut apporter.

 

Les + : l'univers fantastique de "Wraith: the oblivion" utilisé avec talent; une description réussie d'un deuil immense; une histoire prenante mettant en jeu des personnages auxquels on s'attache vraiment; une écriture très sombre alternant à merveille vivacité et longues descriptions du ressenti des personnages; certains passages vraiment émouvants

 

Les - : les nombreuses répétitions volontaires de l'auteur; le fait que le reste de l'Underworld ne fasse pas du tout partie de ce récit; on s'attache aux personnages mais ils nous agacent parfois à trop pleurer ou trop douter, même si les deux situations sont parfaitement légitimes

Repost 0
Published by Balt - dans Fantastique
commenter cet article
6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 18:34

51cry8qeUML

 

Nous y voilà. Ce recueil de nouvelles trône fièrement dans ma bibliothèques depuis trop longtemps sans que je me résolve à en goûter la saveur. Son auteur, Alain Damasio, est sans conteste mon auteur préféré, toute origine, époque et style confondus.

Je m'en vais donc savourer cet écrit avec grand bonheur dans les jours à venir et, une fois n'est pas coutume, noter petit à petit chaque nouvelle sur 2 puisqu'elles sont au nombre de 10. C'est un pari risqué car je ne suis vraiment pas client de nouvelles en général, et bigre, imaginez qu'il se retrouve avec une mauvaise note? Voyons donc...

(nb: je rédigerai sans doute une introduction plus élaborée dans les jours qui viennent mais comme je viens de terminer la premiere nouvelle, autant m'y mettre au plus vite. Car à l'origine, fût la vitesse, le pur mouvement furtif, le vent-foudre... Extrait de son 2nd roman ^^ )

(nb, oui j'en mets un 2eme rien a faire: si vous trouvez des mots surprenants où à l'orthographe effrayante au cours de cette critique, ce ne sera que pour vous donner un aperçu des jeux de language que l'auteur aime a disséminer dans ses écrits (et pour en prolonger la magie pour moi) )

 

Les Hauts® Parleurs®

Le contexte: une contre-utopie, à savoir, un futur pas reluisant. Un futur ou le capitalisme a bouffé l'Humanité. Un futur où les mots eux-mêmes se vendent et s'achètent, c'est l'aspect le plus important de ce monde dans l'histoire qui nous est contée: l'utilisation des mots hors de la sphère privée est soumise à la possession d'une autorisation à prix variables (sauf pour une poignée de mots élus pour rester dans le domaine public). C'est juste... étouffant d'absurdité et effrayant de probabilité. Quand on voit l'inéptie dans laquelle s'enfonce notre societé dans certaines domaines, on peut se demander si dans 4000 ans une telle alliénation serait vraiment impossible. Dans ce monde, à Phoenix en Arizona, un petit groupe a décidé de lutter, les Hauts Parleurs. Dans quelques immeubles au centre de la ville se sont réunis des érudits, des écrivains etdes orateurs de tous pays pour inventer une nouvelle langue formée de néologismes principalement et dont ils se servent pour revendiquer le droit à la parole, la lutte contre ce système etc... Ainsi ils survolent la ville sur leurs véli vélos et clament leurs textes à grands coups de mégaphone. Au début j'ai trouvé que c'était par trop absurde pour etre réaliste mais au final... Aucun homme de l'antiquité n'a imaginé la bombe atomique et pourtant elle a existé... Le temps est tout puissant et malheureusement coupable de plus de tragédies que de miracles....

Le comte Exte: ou "le héros". Dénommé Spassky, ce dernier vivait dans la Zone 17 (le quartier de Phoenix dont je parlais précédemment) depuis des années, sans s'impliquer outre mesure dans la lutte contre cette societé. Un écrit par-ci par-là, mais rien d'important. Le jour où son petit chat va mourir lors d'une averse de "grêle rouge" (provoquée involontairement par la societé responsable de réguler le climat dans la majorité des pays dits développés), il deviendra un vrai Haut Parleur.. Peut-être le meilleur d'entre eux. Il choisira comme style (ces derniers ont 4 styles différents) le "monophonème", introduisant dans ces textes le phonème /cha/ aussi souvent que possible dans divers jeux sur la langue. Sa notorieté lui amènera bien des soucis que je vous laisse découvrir. Son style, auquel on goûtera régulierement, est très bon et son charactère aussi. On l'apprécie beaucoup.

Le con d'texte: il est splendide. Damasio n'est pas mon auteur préféré pour rien. Outre cette contre-utopie à l'allure impossible mais dont on appréciera au final justement l'aspect infiniment effrayant, cet homme manie la langue comme un roi. Si l'on vivait dans un monde parfait (ou pas?) où les pays seraient remplacés par des notions, le monsieur serait président du Language. Si ce n'est Pape de l'Esprit, car il aborde ici un sujet complexe, le capitalisme, dans un monde ahurissant qu'il a créé, et le tout en s'approchant au plus près d'une véritable perfection dans le maniement du verbe, aussi bien dans les textes créés par les notre Haut Parleur préféré, truffés de poésie urbaine et conte-en-peau-reine, que quand l'auteur nous décrit ce monde exécrable, comment l'humain en est arrivé là et ce que cela implique... C'est juste... Parfait. Je l'ai déjà dit quelques fois, mais on reconnait la réussite littéraire aux frissons qu'elle apporte. Ici, Alain Damasio procure au lecteur 3 types de frissons: dans les moments dramatiques, dans l'évocation de la révolte et dans les moments de joie que l'on ressent quand notre Héros Parleur est récompensé pour ses bonnes actions. Et sans les mots justes, racontez ce que vous voudrez, vous ne provoquerez pas autant de frissons.

Donc bref, cette nouvelle n'a que des qualités et me donne très envie de continuer cette découverte. Alain Damasio est définitivement un écrivain hors du commun qui même à travers un écrit qui ne s'inscrit pas dans mes goûts habituels ne me déçoit pas, et pourtant j'en attendais énormément... Mazet, comme j'aurais aimé que cette nouvelle soit un roman de 1500 pages... Hop, 2/2 pour Les Hauts® Parleurs®.

 

Annah à Travers la Harpe

Une nouvelle bien différente de la première. Beaucoup moins de critique de la societé, même si Alain Damasio y écorne un nouveau mode de parentalité, le tout sécurité où l'on oublie simplement d'être un parent.

En effet l'histoire retrace le voyage d'un homme qui va chercher sa fille de 5 ou 6 ans, à travers l'Enfer. Un Enfer très loin de sa représentation habituelle, puisqu'on n'y croisera pas les habituels démons (ou presque) mais au contraire, le héros ne rencontrera que des êtres le guidant dans sa quête. Un Enfer composé de différentes couches, toutes plus psychédéliques les unes que les autres, à base de coccons hurlants, de harpe gigantesque, de marche parmi les souvenirs... Ces souvenirs, très présents d'ailleurs, sont touchants dans leur symbolisme d'arme contre la mort, aussi bien dans notre monde que dans le sien. Derniers thèmes très liés, l'enfance et l'amour. La fille de notre protagoniste est souvent présente sur cette route, et ses mots enfants, si bien en discours direct que quand le narrateur décrit l'environnement, tranche avec la dureté à la fois de cette histoire mais aussi avec les éléments de leur vie avant l'accident ou de leur societé qui sont décrits. Quant à l'amour, c'est bien évidemment celui de ce père pour sa fille qui est le fil rouge de l'histoire, et tout ce qu'il y apporte: rage, désespoir, volonté, courage... Le tout porté comme il se doit par le style fulgurant d'Alain Damasio qui troque cette fois les néologismes estomaquants de la premiere nouvelle pour des associtations tout aussi marquantes: les adjectifs sont presque toujours à la fois incrongrus et frappants. Frappants d'émotions, de sincérité... et d'une originalité délectable, pour le lecteur comme pour l'auteur je pense, comme Zidane en son temps s'amusait avec le ballon et suscitait l'admiration du spectateur, Damasio fait la même chose avec les mots. Il joue avec et en fait un spectacle de capoeira, alliant danse émouvante et coup de pied fracassant à longueur de page.

Encore une fois, une grande réussite donc. Plus sentimentale, moins expérimentale, mais toujours aussi originale et vire-Voltante. 2/2 pour ce psychédélique et émouvant conte des origine(/alités).

 

Le Bruit des Bagues

Nouvelle beaucoup plus courte que les deux premières, donc hop, je m'en inspire.

Histoire d'amour, societé de consommation à outrance (les marques sont devenues des prénoms, pour avoir des réductions dans la marque que l'on affuble à notre enfant), état policier démesuré (tout le monde porte une bague qui enregistre les déplacements, les discussions, les achats...), attentat terroriste et histoire d'amour (moui ca fait deux fois, je sais). Et bien sûr, tout aussi parfaitement ciselée que les deux premières. Ah et deux frissons à la toute fin aussi, mais j'avais déjà décidé de donner 2/2 à ce moment là, bien la preuve que ce n'est qu'un bonus facultatif (mais appréciable).

 

C@PTCH@

Encore un bijou. Pour faire bref, disons qu'avant cette nouvelle, du jour au lendemain, les enfants et les adultes d'une ville ont été séparés, chacun des deux groupes se retrouvant d'un côté de la dite ville. Pour se retrouver, il faut donc la traverser... Or elle est truffée de "pièges", dont personne ne comprend l'apparition, mais qui inéluctablement "zappent" ceux qui tentent de traverser, les faisant passer dans une sorte de "monde virtuel", les "digitalisant" en quelque sorte. Raconté comme ça, un samedi matin à 10h , par un sympathique critique qui AURAIT DU faire cette critique il y a deux semaines déjà, ça peut paraître obscur.... Dans les faits, c'est juste captivant. On en apprend un peu au fur et à mesure (ce que deviennent les nouveaux nés, le temps qu'il s'est écoulé depuis la séparation, et encore beaucoup d'autres choses), les tentatives de traversée sont à couper le souffle, action halletante et pièges farfelus à chaque ligne, et l"histoire, elle aussi, avance, et de la plus belle des manières. Quand je dis de la plus belle des manières, ça veut dire que ça alterne scènes réjouissantes avec instants poignants, et c'est tout ce qu'on aime lire, surtout sous la plume d'un Grand qui d'ailleurs, comme dans LA Horde du Contrevent, joue ici sur l'alternance des différents narrateurs (poussant d'ailleurs jusqu'à plus ou moins varier les médias... Très original) et il est toujours aussi bon à cet exercice. Bref, que du parfaitement parfait de bout en bout, un nouveau 2/2.

 

So Phare Away

Hop hop hop, encore une nouvelle aux narrateurs multiples et à l'univers venu d'une imagination que l'on ne peut qu'admirer. A vous de juger: notre planète est atteinte d'un mal étrange: régulièrement (tous les 3 mois vous dirais-je mais, encore une fois, j'aurais du rediger cette critique il y a des jours et des jours....) une sorte de marée d'asphalte, d'océan sombre et implacable s'élève de dizaines de mètres en quelques minutes, figeant dans le bitume tout ce qu'elle engloutit et laissant derrière elle, une fois qu'elle se retire, de nouveaux bâtiments, de nouvelles routes... et de nouveaux morts. Ceci a deux conséquences: tout d'abord, et c'est certainement métaphorique, ce "monde de bitume" a en quelque sorte... phagocyté l'humanité de notre monde, dans le sens ou les routes sont plus importantes que les jambes: partout les voitures roulent à toute allure et il n'y a plus de place pour les piétons (vraiment hein. Tu veux sortir de chez toi, tu prends ta voiture ou tu meurs...). Et deuxième chose, les phares. Face à ce monde où la communication a disparu sous le bruit des moteurs, et où un océan étrange vient régulièrement tout raser et reconstruire, certains ont décidé d'utiliser les phares (que cette asphalte fait naitre régulièrement) pour communiquer silencieusement, par codes, signaux, couleurs, ondes et lumière. Déjà c'est carrément magnifique je trouve, mais en plus c'est très bien raconté, puisque par différents narrateurs qui ne se connaissent pas tous (mais sont tous "pharistes"), dont certains étaient présents à la naissance de ce mouvement, certains ont arrêté d'émettre pour quelque raison etc etc... Et chacun donne son opinion sur ce monde haut en couleur. A noter que les multinationales de la publicité sont rapidement montés dans le train en marche, occupent de plus en plus de "place" et prévoient d'occuper pratiquement tout l'espace lumineux d'un "2ème étage" qui se prépare, suite à l'élévation de tours de plus en plus hautes... Vous avez l'impression que je vous ai raconté l'histoire hein? Non c'est juste le contexte... L'histoire en vrai, c'est une histoire d'amour entre deux pharistes. Et c'est super joli, touchant, sensuel et passionné. J'aime bien quand Damasio parle d'amour aussi. Bref, contexte super, histoire d'amour maitrisée, plume toujours aussi bonne... 2/2 me direz-vous? Que nenni, chèr lecteur ! La fin est un peu... baclée? Nulle? Ridicule? Je l'aime pas en tout cas, quelqu'en soit la raison. Alors bim pas de 2/2 mais 1.5/2 quand même parce que à part cette fin, le reste est toujours aussi impeccable.

 

Les Hybres

Alors celle-ci.... L'histoire d'un artiste (d'un univers étrange, comme on commence à en avoir l'habitude) qui n'a rien produit depuis 3 ans et part dans une fonderie pour.... piéger des sortes d'animaux/objets/mutants avec une torche qui tire de la lumière bizarre, pour les ramener et les exposer... Ca parait bizarre hein? Ca l'est... Sérieusement j'ai pas bien bien compris l'intérêt de cette nouvelle... Obscure, courte, sans travail "damasien" sur le style (bien que les créatures aient des noms un peu loufoques...) Elle ne m'a fait ni frissoner, ni réfléchir.... A croire que l'auteur ne l'a mise dans le livre que pour que la note que je vais donner à l'ouvrage ne soit pas trop abusée... Enfin bref.. Au moins elle était courte, mais vraiment décevante par rapport aux autres... Je lui mets quand même 1/2 car, de par sa brieveté et son auteur, on n'a pas le temps de s'ennuyer et cette lecture reste relativement agréable car bien écrite... Mais c'est un petit plaisir très superficiel, et cette nouvelle ne restera clairement pas gravée dans ma mémoire comme... bah toutes les autres jusque-là. 

 

El levir et le livre

Bon, j'ai lu cette nouvelle il y a déjà plusieurs mois et je n'ai pas trouvé la motivation de venir tout de suite... Je POURRAIS la relire, mais non. Je la relirai quand le moment sera venu et pas par obligation, ça irait contre ma philosophie. Alors qu'est-ce que ça raconte, "El levir et le livre"? C'est extrèmement damasien, sachez-le. Si ma mémoire est bonne (et ce n'est pas certain donc au besoin je reviendrai corriger mes énormités), c'est l'histoire d'un écrivain. Un écrivain "surnaturel" en quelque sorte, dont la charge est plus ou moins d'écrire l'Histoire (ou plutôt le Livre comme l'ouvrage nous le présente), celle qui est ancrée dans l'univers, un univers fantastique où il croisera des esprits de la foudre, des êtres surnaturels et consors. Cette histoire il ne l'invente pas, il l'écrit par écriture automatique, petit à petit, avide d'en connaître la fin un jour, peut-être. Et il ne l'écrit pas simplement assis devant sa feuille: il doit utiliser toutes les "encres" (comme son sang par exemple) et sur toutes les "surfaces" (comme le ciel) qu'il pourrait imaginer, en changeant à chaque quatrain. Et aussi en lettres de plus en plus énormes, dont les dernières font des kilomètres d'envergure... Ca paraît fou car ça l'est. C'est l'un des atouts de cette nouvelle: une histoire dont la folie est telle qu'on ne peut qu'oublier son absurdité pour continuer à la lire, et ainsi elle gagne une crédibilité aussi forte qu'une nouvelle de littérature blanche: si l'on accepte de croire pour quelques minutes au monde fou proposé par Alain Damasio où les mots sont à l'origine (et au dénouement?) de tout, alors cette nouvelle est une parfaite description de la quête ultime qui pourrait y être accomplie, celle qui, comme il le dit, permettrait "d'accéder à la Vérité de l'Être, de la Nature, ou du Monde". Et la plume épique, douloureuse et profonde de l'auteur français est étonamment (ou pas) à la hauteur de cette quête magistrale, de ce combat entre les mondes du physique et de l'intellect. Non vraiment, cette nouvelle est magnifique, je devrais la relire. 2/2.

 

Sam va mieux

Une nouvelle plutôt étrange, lue il y a plusieurs mois aussi. On y suit un homme qui parcourt les relicats d'une civilisation d'où toute présence humaine a disparu. Il reste les routes, les immeubels et tout ce qui a été construit par le passé mais plus âme qui vive. Cet homme recherche donc un éventuel survivant accompagné de Sam, présenté comme son fils adoptif. Sam est malade, s'exprime bizarrement, paraît un peu attardé mais il accompagne son papa à travers la ville au silence omniprésent. Sam n'est jamais vraiment décrit, et les rares informations qu'on a sur son apparence ou sa personne éveillent la curiosité tant on n'y trouve pas grand chose qui nous rappelle un être humain.Cette nouvelle m'a moins marqué que beaucoup d'autres car elle est la plus difficile à mettre en images, peut-être justement parce que son auteur garde un mystère sur l'apparence de Sam. Paradoxalement c'est aussi l'une de ces principales qualités puisqu'ainsi le suspens gagne peu à peu le lecteur, suspens qui, bien heureusement est dénoué lorsque s'achève ce... conte? Néanmoins avant ce dénouement, j'ai eu du mal à vraiment m'attacher aux personnages et à leur aventure comme ce fut le cas pour les autres nouvelles. Ajoutez à cela l'écriture est plus conventionnelle, au niveau d'un bon écrivain et non du génie qu'est bien souvent Alain Damasio, et vous comprendrez je pense que cette nouvelle n'obtienne qu'1/2, grâce tout de même à son monde bien pensé, sa plume tout de même de bonne facture, notamment en ce qui concerne la dimension dramatique de certaines scènes, et surtout sa fin qui répond à nos questions de fort belle manière

 

Une stupéfiante salve d'escarbilles de houille écarlate

Pour le coup, je viens de la lire, ça change. Première stupéfaction: elle se déroule dans le monde de "la Horde du Contrevent", meilleur roman jamais écrit à mes yeux. Difficile d'imaginer que cette nouvelle a trainé dans ma bibliothèque plusieurs mois, sans que je le sache. L'eussé-je su, je me serais rué dessus, probablement à ma première ouverture du recueil. Toujours est-il que bien qu'ancré dans ce monde, elle tranche radicalement avec la Horde du Contrevent. On y suit deux personnages, narrateurs successifs (oui bon, TOUT ne tranche pas radicalement), qui n'ont rien à voir avec la Horde: Ile et Aile. Ile est aéromaître, comme Oroshi pour la Horde, et emploie sa connaissance du vent à fabriquer avec passion tout engin permettant de le dompter et d'en user en guise de propulseur. Aile est sa compagne, une Angélique, autant dire un ange. Voilà qui tranche, tiens, un ange? Soit. À vrai dire, cette nouvelle abrite un bestiaire surprenant: Barf, Condor de Brume, Gorgone, Papillon de Poussière, hélicornes... Cette nouvelle se déroule-t-elle à une époque très éloignée de la Horde du Contrevent où certaines créatures s'ajouteraient au monde que nous connaissions déjà? Peut-être, ou peut-être n'en a-t-il pas été fait mention car elles n'intervenaient pas dans les quelques aventures de contre que le roman nous offrait. En parlant d'aventure, cette nouvelle nous fait vivre un évènement de grande ampleur: dans la ville d'Alticcio, que nous connaissions déjà, le Barf, un être de mu (énergie que je rapproche du vif, qui n'est étonamment pas cité... autre période? bis repetita...) organise une grande course entre divers participants qu'il a choisi lui même. Il a insufflé le mu dans ces participants, si bien que leurs émotions prennent forme autour d'eux: la colère produit du feu, la tristesse de la glace... c'est très résumé mais ce texte va probablement être bien assez long malgré la vulgarisation que j'y apporte. Donc le Barf a insufflé le mu dans ces "candidats", et le vainqueur de la course volante qui les oppose a pour ambition, d'après lui, de trouver celui qui a le plus de chance de rapprocher les humains de cette formidable énergie, de créer un "mumain" (ou plutôt un muêtre puisque seulement deux candidats sur une grosse dizaine sont humains... en gros). On assiste donc à cette course pour le moins épique où tout est permis, notamment tuer ces adversaires, à part être aidé par quiconque. Force est de constater que cette nouvelle surprend: par sa vision très différente du même monde que dans la Horde tout d'abord mais aussi paradoxalement par sa proximité niveau stylistique. Si Ile peut faire penser à ce foubadour de Caracole par instant, c'est surtout Aile qui, lorsqu'elle nous narre cette histoire, rappelle furieusement la Horde... où plutôt c'est l'auteur lui même qui reprend sa place, tant ce n'est pas par les mots même que les styles se rapprochent, mais par leur rythme et leur capacité à transporter les émotions. Dès les premières lignes où Aile prend la parole, j'ai eu l'impression de relire la Horde du Contrevent. J'ai lancé la splendide bande-originale de cette dernière, réalisée par Arno Alyvan, et j'ai commencé à lire cette nouvelle à voix haute, comme j'aime à le faire avec la Horde. Et mon ressenti a été le même, comme si le texte était écrit pour être luclamé, et mes capacités "thétrales" m'ont à nouveau surpris, pendant les passages émouvants, coléreux, tristes. Je n'ai pas porté les mots de ma voix parfois hésitantes, ils ont porté ma voix (par foi, hésitante). Et bien sûr, comme ma dernière parenthèse peut vous amener à l'imaginer, Alain Damasio joue encore une fois avec les mots et, comme je l'espère cette parenthèse le fit, leur donne une absurde connivence qui, à mes yeux, flirte avec une forme de magie hasardeuse. Je pourrais sans doute écrire une thèse sur cette nouvelle d'une trentaine de pages, tant le plaisir de retrouver cet univers, sous un angle différent mais dans un style si proche, est un ravissement pour le fan que je suis. Mais je me retiendrai pour cette fois. Par paresse peut-être. Par sentiment que je perds mon temps au vu du peu de retour? (en fait non, je m'en balance mais c'était pour dire: commentez si vous avez l'audace de lire tous ces pavés). Ou simplement pour m'adapter au format de la nouvelle... Voire parce que je commence furieusement à avoir un genre d'affection très intime avec cette oeuvre (le roman, dont cette nouvelle est un addendum au final) et que je me dis que d'une part mes réflexions à son sujet n'intéressent que moi et que d'autre part, je préfère les garder pour nous (moi et l'oeuvre). Enfin bref, avant de donner 2/2 à cette nouvelle, j'ajoute que l'épiphanie de cette lecture fut sa conclusion, qui apporte ENORMEMENT à la compréhension de ce monde (j'y vois une explication des origines mêmes du vent, de la vitesse, du lien), une bénédiction quand on a depuis longtemps commencé à considérer que les questions posées par les personnages de la Horde du Contrevent (et de cette nouvelle) peuvent servir à tracer des parrallèles avec notre monde. Et quelle prouesse d'incarner ces concepts dans des évènements si captivants et si spectaculaires - dans une langue ciselée et sidérante. Merci. 2/2 

 

Aucun souvenir assez solide

Dernière nouvelle du recueil. Elle fait deux pages et d'après moi est plus écrite pour le contentement de son auteur que de ses lecteurs. Un genre de décor de science-fiction, un homme qui, avec l'aide des "Formeurs" revisite ses souvenirs, ou plutôt reconstruit une réalité basée sur ces derniers, pour, d'après la toute fin du texte, récupérer un souvenir spécifique qu'il a vécu avec une femme précise. On ne connaît aucun des personnages, plusieurs morceaux de souvenirs épars et relativement insignifiants s'enchaînent sans que j'y vois une finalité réelle. Le style est dans l'ensemble damasien, mais rien de marquant: les mots sont choisis avec soin, le rythme est percutant mais il n'y a pas les fulgurances dont l'homme est capable. Mais encore une fois, je pense que ce texte est plus cathartique que vraiment littéraire, d'autant plus qu'il est dédicacé à une femme portant le même prénom que celle que son personnage recherche dans ses souvenirs. Toujours est-il que si note il devait y avoir, ce serait 0.5/2 pour un texte qui est loin d'avoir la saveur des autres et surtout qui n'apporte pas grand chose à son lecteur.

 

En résumé donc, une très bonne lecture, riche, profonde, diversifiée, stylisée, hétéroclite, foisonnante, lumineuse et parfois géniale, dont les baisses de niveau sont largement assez rares pour se faire totalement oublier. À ce sujet d'ailleurs, j'ai décidé de ne pas prendre en compte la dernière nouvelle dans le calcul de la moyenne car, encore une fois, je ne pense pas qu'elle soit vraiment destinée au lecteur -la postface du livre pourrait suggérer le contraire, mais fi. Ainsi par un subtil calcul mathématique, je parviens à une note finale de 17.77 que, par une subjectivité que je prends plaisir à réinstaurer dans cette conclusion, j'arrondis à 18/20. C'est pas parfait et ça me chagrine un peu, mais le recueil de nouvelles est un exercice qui complique férocement la tâche tant il est improbable qu'un lecteur lambda ne trouve aucun défaut dans aucune des nouvelles qui lui sont proposées. Mais si la subjectivité était la seule Trace suivie par mes critiques, et non l'un des quelques membres de mon système de notation, considérez qu'il aurait probablement obtenu 20.

 

Les +: le style Damasien; une nouvelle dans l'univers de La Horde du Contrevent; une lecture qui fait réfléchir sur une infinité de concepts; on trouve de tout (amour, arts, action, contre-utopie...) dans des scènes allant du drame à l'explosion de bonheur

 

Les -: je n'ai rien compris à la postface (mais si vous aimez Deleuze, Foucault, La Boétie et consors, ça devrait vous parler); comme toujours avec Damasio, on s'attriste de l'unicité de son genre (s'il pouvait n'être qu'un des nombreux auteurs de poèmes philosophico-épiques et non pas "l'inventeur du style damasien", le mondre en serait bien meilleur, surtout qu'il écrit tellement lentement...)

Repost 0
Published by Balt - dans Fantastique
commenter cet article
10 septembre 2011 6 10 /09 /septembre /2011 00:08

Stardust

 

Ca faisait un bail... Il est probable qu'ayant toujours su que je finirais par critiquer la Horde du Contrevent, mon roman préféré, sa critique effective m'a donné pour un temps le sentiment d'avoir "accompli ma tâche". Mais ce sentiment d'accomplissement s'est dissipé, rongé par le temps, que Neil Gaiman qualifie dans l'ouvrage chroniqué ci-dessous de "voleur impénitent finissant toujours par tout emporter au fin fond de ses oubliettes poussiéreuses"... Et puis bon, j'avais d'autres trucs à faire...

Au boulot, je me sens un peu rouillé, mais fi...

 

 

Infos: Stardust est... un conte de fées pour adultes, chose que seul Neil Gaiman puisse s'embêter à écrire. 222 pages de poésie qui sont tombées sur Terre en 1999. Pour rappel sur le sieur Gaiman, probablement meilleur écrivain de fantastique contemporain, citons surtout American Gods, Neverwhere, De Bons Présages (en collaboration avec Sir Terry Pratchett) et tiens, tant que j'y pense, le scénario du film Mirrormask, qui est plutôt... onirique.

Puisque je parle cinéma, j'ai vu le film adapté de Stardust il y'a bien des années, soit avant de lire son illustre ancêtre, et même avant de connaître l'oeuvre de Neil Gaiman... J'en ai peu de souvenirs, mais il me semble que j'avais aimé.

 

Résumé: Wall est un petit village de le campagne anglaise tout ce qu'il y a de plus banal. Des champs, des bicoques, une taverne... et c'est à peu près tout ce qu'on en connait, mais cela suffit à nous renseigner sur sa banalité générale. Mais (et ce "mais" est sans doute le mot le plus important de cette critique, car sans lui, point de conte de fées, et par la même point d'aventure, ni donc de critique), "mais" donc, à l'Est de ce village, se dresse une muraille. Hooooo... Et, dans ce mur de pierres grises, une brèche et une seule, de six pieds de large. Haaaaa... Et au delà, une fois passé cette trouée dans le rempart, ou plutôt dans la réalité, Faërie (non, pas le bouquin que j'ai chroniqué en premier sur le blog, vous êtes bêtes...). Faërie est un condensé de tous les mythes, les folklores, les légendes du monde... Le Pays des Merveilles si vous préférez, d'une superficie telle que la Terre entière ne suffirait pas à contenir ce "Pays des fées" si sa nature magique ne suffisait pas à le faire exister.

Nous y suivrons les tribulations du jeune Tristan, qui, après une déclaration d'amour pour le moins éconduite, promettra à celle qu'il désire charmer de lui ramener, en échange d'un baiser, d'un mariage ou de quoi que ce soit qu'il lui demande, l'étoile filante qu'ils viennent d'apercevoir tomber... au delà du mur ! Cette ingénue acceptant, Tristan, déjà lié au Pays des fées plus qu'il ne s'en doute, partira sans plus tarder à la recherche de son étoile...

 

Personnages:

Tristan. Il est assez basique. Il est bon, généreux et altruiste, et surtout animé d'une volonté farouche de mener sa mission à bien. Il aurait pu être plus travaillé... pour un vrai roman. Un conte se fournit en archétypes, et il est un archétype parfait du preux héros, à la volonté forgée par l'amour et prompt à faire le bien si l'occasion se présente. C'est à peu près tout.

L'étoile (qui, au niveau de la forme, est une femme durant tout le roman). Aussi appelée, par ses soeurs, puis par l'auteur, et enfin par Tristan, Yvaine. Un bon archétype aussi. Celui d'une âme perdue, fragile et appeurée par le monde étranger qui l'entoure depuis sa chute du ciel en Faërie. On pourra apprécier deux facettes de cet archétype: parfaitement opposée à ce que Tristan la conduise de force à Wall pour tenir sa promesse, puis se liant peu à peu d'affection pour le jeune homme; la première prêtant à rire (notamment lorsque Tristan la coupe pour lui dire d'avance les insultes qu'il la sait s'apprêter à dire, "comme la veille"), et la seconde beaucoup plus touchante. Cette étoile sera la lueur de tristesse et de mélancolie qui aggravera le récit, de par sa blessure suite à la chute, et surtout son regret  d'avoir quitté ses soeurs étoiles et sa mère la Lune.

A ceux-ci ajoutons certains antagonistes, eux-aussi à la poursuite de notre étoile, pour des raisons plus critiquables:

_ les 3 derniers enfants du seigneur de Stormhold voulant récupérer sur celle-ci une topaze symbole du pouvoir royal, dont la collision avec l'étoile a provoqué la chute de cette dernière. Le premier est un assassin sans pitié, souhaitant s'assurer la victoire en se débarassant de ses frères. Le second paraît plutôt bon et surtout paranoïaque car il connait le tempérament du premier. Le troisième... disons simplement qu'il ne connaissait pas assez le tempérament du premier pour nous laisser un souvenir marquant...

_ Lilim, la reine des sorcières... ou plutôt l'un des 3 corps de la reine des sorcières. C'est le personnage le plus cruel et sans pitié du conte. Elle souhaite extraire le coeur de l'étoile pour fournir, à elle et à ses deux autre corps, une énorme et rarissime source de jeunesse.

D'autres personnages parsèment le récit, certains pour un long moment, d'autres en coup de vent, d'autres encore à plusieurs reprises, mais ils sont moins importants et appartiennent au récit plutôt qu'à cette critique.

Tous ces personnages remplissent parfaitement leur rôle et sont agréables à suivre... Avec un léger bémol néanmoins pour Tristan qui ne nous surprend à peu-près jamais, et, pour un héros, c'est assez dommageable... Donc pour les personnages ça nous fera 4/5 pour manque de surprise du héros (et même des autres au final, mais comme ils sont nombreux... si les surprises ne viennent pas des actions des personnages, elles viennent de l'apparition des nouveaux)

 

Histoire:

Mince alors, entre le résumé et les personnages j'ai presque tout dit, je perds la main...

Ajoutons tout de même que l'on enchaîne différentes situations (voyages à pied, en carriole, à dos de licorne, à la lueur d'une bougie magique, en bateau volant, halte dans une fausse taverne crée par Lilim, retour à Wall...) et aussi que l'auteur alterne parfaitement entre l'avancée du héros et celle des autres poursuivants.

Sur ce que l'on rencontre... Encore une fois, cette idée de Pays des fées regroupant tous les mythes est parfaitement maîtrisée et l'on voit une licorne, des humains changés en oiseau ou en arbre parlant, des chasseurs d'éclairs, la reine des sorcières... Non vraiment c'est foisonnant, et, pour le coup, on ne peut pas dire qu'on manque de surprises.

Deux ombres au tableau: la ligne générale de l'histoire ne varie jamais, Tristan vient pour ramener une étoile à la jeune fille dont il est amoureux et cette quête restera inchangée, mais après tout c'est normal pour un conte; second point faible, plus difficile à exprimer... un sentiment d'un enchaînement de péripéties non reliées entre elles, d'un chapitre sur l'autre on passe de l'une à l'autre comme on enfilerait des perles... Cela manque de continuité. Donc un univers parfaitement créé, plein de situations différentes, mais qui ne font pas oublier que les évenements s'enchaînent bien souvent sans lien, et que l'histoire générale ne surprend jamais, qui permet à l'histoire d'obtenir tout de même 3.5/5, très bonne note lorsqu'on possède les défauts sus-cités...

 

Le style:

Ha, Gaiman... Cet homme est l'opposé même de Tristan: l'écrivain aux facettes multiples. Du grave d'American Gods à l'humour parfait de De Bons Présages, il nous avait déjà fait un grand écart magistral. Et voilà qu'il s'avère aussi manier le conte et, par extension, une forme de poésie, avec la même maestria. Et le conte pour adulte qui plus est: il sera parfois question d'oeil crevé ou de cadavre décapité, mais toujours avec des mots plein de poésie, faisant danser les couleurs, les odeurs, voire même les souffrances devant l'oeil de son lecteur. Et c'est tout aussi vrai, il va de soi, lors des passages nombreux en forêt, en auberge ou autres situations plus agréables, où vraiment, l'auteur nous prouve qu'avec l'utilisation de la vue sous l'une de ses plus inesthétiques formes (soit "déchiffrer de petits signes noirs sur une page blanche") il peut amener au cerveau des souvenirs ou même des découvertes de stimulations extrèmement fortes de tous les sens. L'homme est vraiment bon pour, grâce à ses mots, donner vie à un monde, en général par ses plus petits détails, qui sont d'habitude ennuyeux à lire, et font ici toute la saveur de l'ouvrage. Ajoutons à cela l'utilisation de nombreuses appartés, sur ce que pense tel personnage, ou directement du narrateur au lecteur, sur les petits secrets de ce monde, souvent pleines d'ironie et vraiment plaisantes. Ah, et, je crois que cela ajoute à l'aspect "conte", en tout cas je l'ai ressenti comme cela, citons le fait qu'il redécrive brièvement chaque personnage, excepté le héros, toutes les fois où ils reviennent dans l'histoire: il ne nous dit pas "Septimus parvint à l'orée du bois" mais "A l'orée du bois, un homme aux cheveux noirs et au profil de corbeau fit irruption d'entre les arbres. Septimus avait chevauché toute la nuit...". Ca ne parait rien, mais il le fait à chaque fois, et je ne sais pas pourquoi, mais c'est très agréable... Peut-être que le cerveau se réjouit de deviner, avant que l'auteur ne le nomme, le personnage qui vient d'apparaître, grâce au film qui s'y projette depuis déjà de nombreuses pages.... A noter que j'hésitais à ne mettre que 4.5 dans ce domaine car, en refermant le livre, je me suis dit que ça aurait été mieux avec moins de dialogue... Mais après reflexion, je pense que cette pensée n'est venue que de mon étonnement à apprécier autant ses descriptions et ses détails foisonnants, donc il serait idiot de retirer un demi-point parce que, au fond, les descriptions sont tellement bien qu'on aimerait avoir moins de dialogues... Donc 5/5

 

D'un point de vue personnel:

C'est le Gaiman que j'ai le moins aimé... Ca se ressent non?

Trêve de plaisanteries, oui, c'est celui que j'ai le moins aimé, car j'ai découvert cet auteur avec American Gods, et pour moi, quand je lis un Gaiman, j'ai envie de retrouver la même maîtrise parfaite de la noirceur que dans ce roman. J'ai donc pris plusieurs pages à me faire à l'ambience plus légère de celui-ci, mélange de conte, de gravité, d'humour, de violence et de bons sentiments. Et puis j'y suis entré, et ça s'est bien passé. J'ai repéré ce qui rendait ce conte unique, pour des qualités que je ne cherchais pas, mais auxquelles je me suis habitué... Mais quand-même je n'ai pas adoré ce livre. Je l'ai juste trouvé très bon. D'un point de vue personnel, je lui donnais 4 jusqu'à il y a peu... Car, oui, la fin est magistrale. Magistrale car... elle justifie tout. C'est la fin type d'un conte merveilleux, que ce soit pour les héros, les ennemis, les seconds couteaux, tout prend sa place, tout s'imbrique et on a envie de le relire d'un nouvel oeil... Enfin j'en ai envie en tout cas, de relire le début comme le conte que ce livre est, du début à la dernière ligne, et non, comme je le fis, comme "un Gaiman" (sous-entendu comme un livre qui amènera suspens, frisson, réflexions etc...). Donc voilà, finalement, subjectivement, ça donnera un 4.5/5 que l'on pourra traduire par "mieux que très bien". Et pourquoi pas 5 me direz-vous? Parce que c'est celui que j'ai le moins aimé de Gaiman, vous voudriez que je mette combien aux autres?

 

Donc au final ça nous donne 17/20. J'aurais préféré 16.5 vu qu'American Gods a 17 aussi, mais bon, American Gods est meilleur mais traîne en longueur. Celui-ci est moins bon, mais sa longueur est juste parfaite, donc au final je pense que c'est assez cohérent. A lire si vous aimez... lire.

 

Les +: Gaiman nous montre une autre corde de son arc; le monde est plus que riche; on sourit ET on est triste durant tout le conte; un conte pour adultes, avec des personnages archétypaux dont on voit ici la face sombre souvent éludée; les appartés du narrateur sur les personnages ou sur le monde; les détails inombrables et qui donnent énormement de vie à cette lecture; une fin digne d'un conte pour adultes écrit par Neil Gaiman (et c'est pas rien).

 

Les -: sensation de situations s'enchaînant sans vrais liens (parfois); Tristan un peu terne (parfois); pas de gros rebondissement sur le fil conducteur (si ce n'est à la fin)

Repost 0
Published by Balt - dans Fantastique
commenter cet article
1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 17:44

gnomes

 

Entendez-moi, entendez-moi, frères gnomes et stupides humains. Face à l'abscence de critique de notre grand livre, et vu que sa présence ici est la seule raison de mon installation dans cet appartement-bibliotheque, je m'en vais vous la fournir, pendant l'abscence de l'humain faisant la cuisine et dormant ici. J'espere qu'il ne s'en rendra pas compte, car si il soupçonne ma présence cela pourrait me créer des ennuis... mais je crois qu'il a abandonné ce blog il y'a déjà bien longtemps alors... Ha, et laissez moi préciser que l'illustration de ce livre est parfaitement digne du travail des humains, totalement ratée.... qui aurait l'idée de voyager accroché à la queue d'un rat alors qu'il y'en a tellement dans les constructions humaines, à apprivoiser et à monter dignement... du travail d'humain vous dis-je...

 

Infos: livre d'histoire basée sur l'exode des premiers gnomes nomades. C'est en fait un recueil de 510 pages regroupant les 3 récits historiques de Terry Pratchett (un humain), "Les camionneurs", "Les terrassiers" et "Les aéronautes", publiés respectivement en 1989, 1990 et 1990 (années que l'on appela d'ailleurs "Révélation aux humains" puisque c'est depuis ce jour qu'ils connaissent notre existence... bien que cela ne semble pas avoir changé leurs habitudes. Certains pensent qu'ils sont trop stupides pour comprendre que cette histoire est vraie... Personnellement je ne saurais dire). A noter que notre peuple voue désormais un culte a l'humain Terry Pratchett (ainsi qu'à Arnold Frères (fond. 1905) et Richard Quadragénaire comme vous le savez tous) pour son illustration, digne des gnomes, de notre Histoire. Sachez que plusieurs familles travaillent actuellement à lire l'histoire d'une autre race que cet humain a écrite, celle des disque-mondes. Vu la longueur de cette écriture, nous devrons attendre plusieurs générations avant de tout savoir sur eux, mais qui sait, peut-être pourrons nous les retrouver un jour, et fêter la grandeur de l'humain Terry Pratchett tous ensemble.

 

Résumé: Cet humain relate l'arrivée de Masklinn, notre futur meneur, dans la plus grande civilisation de gnomes dont j'ai pu entendre parler, les gnomes du grand magasin Arnold Frères (fond. 1905). A la tête d'une petite tribu de gnomes du Dehors chasseurs, il décide durant un hiver particulierement dur de voyager pour trouver une vie plus facile, et arrive donc dans ce grand magasin accompagné des 3 gnomes de sa tribu et porteur du Truc, une boîte carrée se transmettant depuis toujours dans cette tribu. Masklinn et les siens sont accueillis avec soupçon par les dirigeants du grand magasin, qui ne croient pas en l'existence du Dehors. Pour eux le monde est le grand magasin, fondé par le non-moins grand Arnold Frères (fond. 1905) (et cela reste vrai, loué soit Arnold Frères (fond. 1905) pour sa bonté), les régions du monde sont les duchés de Papeteri, Merceri ou Coresetteri; et les saisons revenant chaque année et annoncées par les humains sont le Fêtons Noël, la Rentrée des Soldes ou le Printemps des prix. Et voila que cet étranger, Masklin, vient leur parler du Dehors, du Ciel (le plafond bleu qui existe en dehors des constructions), de saisons liées au climat... Et même pire, son Truc carré se met à parler pour annoncer que le Grand Magasin va fermer et être démoli... Ce qui est pris avec mépris par nos dirigeants, jusqu'à ce qu'ils fassent le lien avec ces nouvelles saisons qui apparaissent dans le Grand Magasin: Tout doit disparaître et Dernières Réductions... Mais pour leur prouver tout cela, le grand Masklinn aura le courage d'aller demander a Arnold Frères (fond. 1905), qu'il ne trouva pas, mais un papier confirmait la menace... Ainsi commenca le premier exode, dirigé par Masklinn, probablement parce que c'était celui qui avait le moins a perdre en s'en allant... D'après cet ouvrage historique, la séparation d'avec l'électrécité fût très difficile à vivre pour la plupart des habitants du Grand Magasin... et comment les en blâmer?

 

Personnages:

Nommons-les pour ne jamais les oublier: Masklinn, héros de cette histoire et donc du peuple gnome, accompagné à son arrivée de sa bonne-amie Grimma. Ils sont un peu pareils alors regroupons les. Ce sont des gnomes très courageux et intelligents, ce qui est très étonnant de la part de Grimma, pour une fille (elle apprit à lire plus vite que n'importe lequel des gnomes du Grand Magasin paraît-il... je ne comprends toujours pas comment c'est possible). Chacun d'eux a sauvé cette civilisation plusieurs fois. Ils arrivèrent accompagnés de Mémé Morkie et Toritt, deux vieux gnomes d'environ 10 ans. Toritt un gnome bien sage, et Mémé Morkie plus désagréable et très sûre d'elle même, mais à ce qu'il paraît cela faisait son charme... Chacun ses goûts.

D'autres gnomes se lient à ceux de la tribu, Gurder, religieux du culte d'Arnold Frères (fond. 1905) qui devient bien tôt l'abbé, l'home le plus influent de cette societé du Grand Magasin. Il paraît un peu peureux par rapport a Masklinn et Grimma, mais il est en fait très utile pour calmer un peu leur irresponsabilité. Sans lui je ne sais pas s'ils auraient pu aller si loin. C'est un gnome très respectable et doté d'un grand sens du devoir, comme on le voit à la fin du recueil.

En parlant d'irresponsabilité, citons Angalo, gnome de la noblesse et vrai casse-cou, passionné par les histoires du Dehors raconté par Masklinn. Ce sera d'ailleurs le premier à sortir du Grand Magasin, pour vérifier que le Dehors existe bel et bien... Je ne comprends toujours pas comment Angalo a réussi a survivre à l'exode, ce gnome ne connaît pas la peur, je n'ai jamais vu pire défaut... le pauvre.

S'il a survécu (ainsi que tous les autres d'ailleurs) c'est sans doute aussi grâce a Dorcas, gnome malin et supérieurement intelligent (existe-t-il un gnome plus intelligent dans la Terre?). C'est lui qui comprend le fonctionnement de tous les appareils humains (et qui comprend presque ce qu'est l'électrécité même !). Sans vouloir vous gâcher la surprise, c'est grâce à lui que les gnomes parviendront à faire rouler un camion pour quitter le Grand Magasin... Quel gnome !

Tous sont géniaux, différents, drôles de bien des manières. On voit bien que ce ne sont pas de fades créations nées de l'imagination d'un humain, ce sont l'élite des gnomes. Pour ce domaine donc, un 5/5 (et si j'avais fait partie de l'histoire, j'aurais facilement monté la note! Mais bon, je n'étais pas né...)

 

Histoire:

C'est clairement la plus grande aventure qu'il puisse arriver a une societé de gnomes. Et je ne vous ai pas parlé des 2 autres livres, où nous nous installons dans une mine abandonnée que les humains veulent désabandonner (et ou les gnomes les repoussent avec brio) et le dernier tome ou Masklinn se débrouille avec le Truc pour essayer de ramener les gnomes autour de lui dans leur lieu d'origine, avant d'arriver sur Terre. Oui rien que ça alors jetez-vous dessus amis gnomes!

Si des humains lisent cette critique, bien que vous touchant moins, l'histoire de ce livre reste parfaitement intéressante pour vous tous, vous permettant de découvrir notre culture, notre civilisation et nos caractères en or. Peut-être prendrez vous exemple pour devenir plus intéressants, et arrêter de dormir, manger, monter dans vos voatures, rentrer, manger et dormir.... Apprivoisez des rats, je ne sais pas moi !!

Donc pour l'histoire je mettrais 5/5 (désolé j'aurais pu mettre plus si on y voyait le grand Arnold Frères (fond. 1905) mais malheureusement il n'apparaît pas, donc ça sera tout, il faut être raisonnable!)

 

Style:

Je ne comprends pas trop ce domaine de notation... Mais je reprendrais une expression courante de l'humain habitant ici en disant que ce livre est stylé. On ne s'ennuie pas, y'a beaucoup d'action, la découverte de la civilisation des gnomes du Grand Magasin par Masklinn et sa tribu est souvent drôle (bien qu'elle me paraisse normale pour moi qui ai vécu 2 longues années dans une hépisseri) et surtout les dialogues sont superbes; de grands moments de courage, de folie; plein de disputes, c'est du tout bon. Terry Pratchett écrit vraiment comme un gnome (si toutefois on trouvait des stylos de la taille appropriée....).

On ne mettra tout de même qu'un 4/5 car les nombreux défauts des humains ne sont pas assez mis en valeur, il aurait été possible d'en faire des passages hillarants (de toute façon quel sujet est plus drôle que toutes les stupidités des humains?) Mais nous n'en voudrons pas trop a Terry Pratchett, peut-être avait il peur de se faire des ennemis mortels en étant honnête a ce sujet.

 

D'un point de vue subjectif:

Je n'aime pas trop la subjectivité, j'espere que vous l'aviez remarqué, mais je m'y résouds pour ne pas trahir les habitudes de ce blog... Je trouve cet écrit vraiment réussi et cela n'était pas gagné, surtout pour un humain, d'écrire quelque chose à la hauteur du premier éxode des gnomes. Pourtant ce fût fait, et Terry Pratchett a même eu l'intelligence de mettre, en début de ses chapitres, des extraits de la gnomenclature, écrit de référence des gnomes (et l'un des seuls) pour partager la vision qu'en ont vraiment eu les gnomes de l'époque. Tout ceci fait que nous avons un écrit sacré sur notre peuple, et qui plus est accessible aux humains, c'est un tour de force. Et en plus on rigole souvent, et ça fait pas de mal un écrit sacré qui fait rire, car la religion est plutôt du genre.... trop sérieuse vous ne trouvez pas?

Donc voila, subjectivement 5/5, parce qu'on me souffle à l'instant que c'est la note maximale possible... Je déteste les math et matiques, mais admettons...

 

Donc au total... 19/5, très bonne note je crois, mais c'est vraiment un bon recueil. Etonnant que ça ne donne pas envie aux humains de s'intéresser un peu plus a nous, mais peut-être cet ouvrage n'est-il connu que par les gnomes... ou alors les humains savent (parfois) bien écrire, mais pas forcément lire, allez savoir...

 

Les +: ouvrage sacré; tiré de faits réels; l'écriture est au niveau de l'évenement raconté; on rigole beaucoup; les gnomes sont présentés comme le grand peuple qu'ils sont; ca se lit bien vite; les héros sont... des héros; notre unique preuve que les humains peuvent parfois réaliser de grandes oeuvres

 

Les -: pas assez de critique des humains; les héros ne rencontrent pas le grand Arnold Frères (fond. 1905); certains héros ne sont pas de bons exemples pour les gnomes sensés; ce livre n'est pas assez connu par la nouvelle génération de gnomes; certains humains n'y croient pas (visiblement)

Repost 0
Published by Balt - dans Fantastique
commenter cet article
7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 19:00

American-gods.jpg

 

Puisque j'encensais Mr Neil Gaiman à propos de l'inimitable "De bons présages", autant continuer avec American Gods, grande oeuvre que le monsieur a cette fois réalisée tout seul. Et d'ailleurs à tout seigneur tout honneur, c'est le premier Gaiman que j'ai lu et qui m'a poussé à explorer l'oeuvre du maître, dont "De bons présages", c'est pô rien !

 

Infos: Roman fantastique (oui finalement j'en lis beaucoup...) de Neil Gaiman, faisant 599 pages et publié pour la première fois en 2001. Il a remporté notamment les prix Hugo, Nebula et Locus, et se prolonge d'une nouvelle, "Le monarque de la vallée" et d'un (plus court) roman, "Anansi boys". Voilà, vous savez tout.

 

Résumé: On suit ici les aventures d'un homme appelé Ombre, dont les parents alcooliques ont trouvé le prénom au hasard dans un dictionnaire (ce n'est pas dit mais ca me paraît vraisemblable). Et aujourd'hui Ombre sort de prison (faîtes péter le champagne!)... et apprend que sa femme vient de mourir d'un accident de la route (bon bah, whisky pur et sans glaçon alors...). Et lui qui pensait dire adieu à la.... je m'égare! Donc notre Ombre retrouve la liberté (de la vie de célibataire!) et prend un avion pour rentrer chez lui. C'est dans l'avion qu'il rencontre notre second presonnage principal, qui lui dit que, voyageant beaucoup, il s'appelle Voyageur (ca rend mieux que "je m'appelle Jardinier, parce que je jardine vachement !). Cet énigmatique personnage lui propose de but en blanc d'engager l'ex-taulard qu'il est pour le suivre, à prix très alléchant, comme garde du corps comme il le dira plus tard. Après avoir refusé cette proposition trop intriguante dans l'avion, Ombre finira par accepter lorsqu'il reverra Voyageur dans une restaurant entre l'aéroport d'arrivée et son domicile, éloignés de 400 kilomètres et ce après 1h30 de route. S'ensuivront une multitude de rencontres d'autres personnages mystérieux, amis ou ennemis de Voyageur, dont Ombre comprendra rapidement l'essence mythologique. On lui apprendra que les dieux sont parmi nous, ainsi que certains êtres mystiques de moindre importance, et que les nouveaux-dieux, comme la télé, la voiture ou Internet, comptent bientôt déclarer la guerre aux anciens, pour s'emparer des croyances du monde entier, Voyageur et Ombre se trouvant bien évidemment du coté des anciens. Rien que ça...

 

Personnages:

Ombre est parfaitement réussi. D'un jugement que l'on approuve a chaque chapitre, torturé mais pas trop, et évoluant tout au long de l'ouvrage. Il est par contre d'un sérieux qui frôle l'ennuyeux, mais est heureusement contrebalancé par Voyageur, très souvent présent et franchement plus léger. Cet être énigmatique ne prend jamais rien au sérieux, même les pires dangers, et trouve souvent le mot juste pour faire sourire, que la situation soit anodine ou dramatique. Il pourrait être énervant de mégalomanie, à se prendre pour un dieu... mais pour une fois on ne lui en voudra pas.

Evidemment d'autres personnages apparaissent, le problème c'est qu'il sont très nombreux et tous de même importance, quelques chapitres et pour la plupart un retour sur la fin. Donc on va juste dire qu'ils sont très bien, souvent divins, et sont notamment, un alcoolique adepte de bagarre.... d'alcooliques (mais au grand coeur), une paire d'intellectuels dirigeant une entreprise de pompes funèbres ou une fofolle vivant dans les parcs et ne jurant que par les pique-nique. Ces personnages sont très attachants et permettent en plus de nous informer sur différentes divinités ou folklores irlandais, égyptiens, scandinaves... Citons aussi un dieu africain totalement irréfléchi, et dont on pourra se passionner (vraiment) pour la mythologie dans le court roman "Anansi boys".

A ceux-ci s'ajoutent les désagréables nouveaux-dieux, peu vus donc on ne fera que les mentionner, mais parfaitement détestables a chaque fois qu'on les voit. Encore une réussite.

Ha, et n'oublions pas Laura (ou ce qu'il en reste après sa rencontre avec un 35 tonnes!) la compagne décédée d'Ombre (non, non, non, la mort n'empêche nullement d'être un personnage important dans un roman fantastique, c'est bien connu...), personnage marquant presque à toutes ses apparitions (difficile à aimer, mais impossible à détester.)

Alors que dire à part... 4/5 (on aurait aimé Ombre moins sOmbre et des nouveaux-dieux plus présents?)

 

Histoire:

Moi j'aime. Le fond est bien trouvé et vraiment bien travaillée, surtout en axant cette histoire sur l'enchaînement des rencontres (c'est pourquoi les personnages sont si nombreux) et sur les sentiments d'Ombre face à tout ceci. Et dans la forme par le fait que American Gods soit en fait une sorte de road-book. Nos deux héros sont constamment sur les routes et c'est très agréable. On se demande à chaque chapitre dans quelle ville à 300 kilomètres de la précédante vont se retrouver nos héros. Et puis dans l'idée une histoire basée sur la religion ça fait saliver, encore faut-il la trouver. Et ici elle vraiment bien trouvée et bien utilisée.

Ha, et le héros constamment déprimé et en proie au doute aussi, c'est assez original dans le domaine pour être une qualité (je rajoute ça après l'avoir écrit et effacé dans "Les -" héhé)

Un seul bémol, c'est quand même assez lent et long, défauts qui peuvent se compenser par le style, auquel on s'attaquera juste après avoir attribué un nouveau 4/5 à l'histoire.

 

Style:

Alors ça compense? Bien sûr, c'est du Gaiman ! Bien souvent une description sommaire mais juste, les impressions d'Ombre, puis action et dialogues. Les dialogues sont prépondérants, puisqu'on a affaire à une succession de rencontres. Et ils sont très bons. Parfois drôles, parfois prenants souvent empreints de surenchères, à celui qui dominera l'autre. Un régal, et c'est ce qui nous permet d'aimer tous ces personnages s'engueulant constamment.

Ha et notons aussi une excellente variation du style lors des, trop rares, passages décrivant les religions et folklores qu'Ombre rencontre au cours de son voyage. Donc 4.5/5, sûrement le meilleur Gaiman et c'est pas peu dire

 

D'un point de vue subjectif:

Un livre qui fait peur: une couverture discutable, beaucoup de pages, un sujet à risque... personnellement il a traîné dans ma bibliothèque une bonne année avant que je ne l'ouvre. Et puis ensuite j'ai été surpris d'en devenir si accroc. Pour le style surtout, qui fait passer le temps à une vitesse incroyable. Et son abscence de défauts ensuite, les personnages sont bons, il en arrive de nouveaux toutes les 50 pages, l'histoire est bien traitée.... Bon il y'a peu d'action, mais est-ce ce que l'on attend d'un livre depuis que le dieu-cinéma s'est montré? A chacun ses attentes, mais j'étais justement surpris à chaque fermeture du livre, du plaisir que j'avais éprouvé à lire ces pages ou rien d'important ne se passe (ou presque), en attente d'UN évenement important que les nombreux héros espèrent empêcher d'un moyen ou d'un autre... On en vient à vraiment les soutenir, au risque qu'il ne se passe au final définitivement rien d'important du livre, si ce n'est NOTRE rencontre avec eux. Et avec Neil?

5/5 pour cette conclusion, mais pour le bouquin en lui-même 4.5/5 à nouveau car malgré toutes ces qualités il m'est arrivé (il me semble) de trouver le temps un peu long, de rares fois.

 

Ce qui nous fait un très beau 17/20. Vraiment à lire si vous n'avez pas peur de 600 pages avec peu d'action, mais un immense talent.

 

Les + : les personnages nombreux et superbes; le style qui pourrait redonner le goût de le lecture à Jean-Pascal ou Loana; l'histoire et notamment ses nouveaux-dieux créés par notre societé et dont j'ai peu parlé mais qui peuvent donner a reflechir (c'est vrai, si nos ancêtres vénéraient des dieux de la chasse ou de la récolte parce que c'est ce qu'ils vivaient au jour le jour, on peut considérer le postulat d'American Gods comme le prolongement logique de toutes les religions polythéistes... si si si !)

 

Les - : c'est long; peut être un peu difficile a lire (j'ai dit peut-être et un peu, hein!); Voyageur absent dans la seconde moitié du livre manque un peu

 

(parce que je suis généreux et que la couverture française est vraiment bof, un superbe fan-art des personnages que j'ai trouvé en cherchant la couverture. Pour info, Mr Wednesday=Voyageur.)

American GODs in Gods by zelu

Repost 0
Published by Balt - dans Fantastique
commenter cet article
3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 19:34

dechro.jpg

 

Infos: Roman de 390pages, écrit par Stéphane Beauverger et paru en 2009. A remporté plusieurs prix, dont le plus prestigieux est le Grand Prix de l'imaginaire 2010.

 

Résumé: L'histoire s'ancre au XVIIIème siècle, dans les Caraïbes. On y suit les aventures du plus grand pirate de l'époque (qui n'a pas existé, notez le bien), le capitaine Henri Villon. Hmm, un roman de piraterie donc, que fait-il dans la catégorie fantastique? Hé bien ici, notre bonne vieille Terre est soumise aux caprices du temps, qui enverra dans ce XVIIIème siècle quantités de choses parfaitement anachroniques. Au début de simples objets appelés "maravillas" comme des boîtes de conserve, des piles ou des tourne-disques, mais aussi par la suite des navires d'autres époques, allant des simples bateaux à moteur, à la flotte d'Alexandre le Grand. Le tout accompagné d'un terrible "monstre" entouré de brûme et saccageant tout navire croisé... Mais rassurez-vous (si si, vous flippiez !), notre bon capitaine Villon possède quant a lui un bateau appelé le Déchronologue, dont les canons tirent du temps (secondes, minutes... oui c'est bizarre mais bon...) offert par le peuple itza, semblant avoir quelques liens avec ce chamboulement du temps, pour que notre pirate renvoie à leur époque ces navires (ou les détruise, on sait pas trop) et mette fin à l'implacable progression du monstre marin... Tout un programme!

 

Personnages:

Aïe, le défaut que je trouve a ce roman. Peu de personnages réccurents car l'équipage change plusieurs fois. Donc pas le temps de s'attacher a beaucoup... Et même ceux qui nous en laissent le temps sont trop souvent assez fades... Du psychopathe pratiquement muet avec qui Henri s'échappe de prison, au débile léger que l'on croise au début et qui, par inadvertance se retrouve dans l'équipage sur la fin, dur dur de s'identifier (enfin j'espere pour vous...). On notera aussi le cannonier, trop mystique pour qu'on le comprenne, et la femme dont Henri tombe amoureux, crée, a priori volontairement, particulièrement fade et antipathique. Alors c'est réussi, elle paraît bien fade (bien que ni le lecteur ni le capitaine n'auront le loisir d'y gouter... sic) et on ne l'aime pas. Alors d'accord c'était le but, mais pourquoi donc? Surtout pour un personnage que le héros finit par aduler litéralement à l'immense surprise du lecteur...

Le capitaine d'ailleurs, releve-t-il le niveau? Hé bien oui, fort heureusement. Honnêtement il est plutôt bien la plupart du temps, un peu énervant de temps en temps mais ça fait pas de mal, un héros qui n'a pas que de bons côtés.

Atténuons un peu ce triste paysage en citant le meilleur ami d'Henri Villon, plutôt sympathique mais que l'on voit (beaucoup) trop rarement, et surtout le mégalomaniaque François Le Vasseur, dirigeant de la plus grande ile d'escale des environs et dont la folie narcissique est absolument délectable.

Donc un triste 2/5 pour les personnages, c'est peu, mais totalement subjectif, et ca me permet de faire un voeu pour ma 1ère note en dessous de la moyenne. Merci !

 

Histoire:

Il en reste peu à révéler sans déflorer cette oeuvre, mais pour résumer, disons que l'histoire est quand même très bien ficelée: originale, se tenant de bout en bout, une vraie réussite.

De plus elle alterne de nombreuses scènes tout à fait différentes et ça c'est appréciable: de longues périodes de navigation bien entendu, mais aussi des pérégrinations difficiles a travers la forêt, les escales plus ou moins détendues et surtout de longues journées d'emprisonnement à plusieurs reprises, toujours bien retranscrites.

Le tout agrémenté de violentes temporelles batailles navales, de découverte de nouvelles maravillas, de l'émergence de leur commerce, ca vaut bien un 5/5 pour une telle histoire !

 

Style:

Déjà une grande originalité: les chapitres ne sont pas dans l'ordre. Cela rappelle les désordres temporels qui font le ciment de l'ouvrage, mais en plus, vu qu'on lit le journal de bord du capitaine Villon, on peut s'imaginer que les pages ne sont pas datées ou nous parviennent dans le désordre, du moins c'est l'idée, plutôt agréable, que je m'en faisais. Alors c'est pas facile facile de suivre une histoire qui se déroule dans l'ordre non-chronologique, mais c'est original et vu la quantité de bouquins qu'on lit dans l'ordre chronologique moi j'ai bien aimé changer... et puis vu que le titre de chaque chapitre est la date de rédaction du journal et que même les numéros sont justes mais simplement non-suivis, le lecteur pourra choisir de remettre tout ca dans l'ordre très facilement. C'est d'ailleurs ce que je ferais lors de ma relecture, et je pense que ca peut même rendre la première lecture beaucoup plus simple, voire appréciable... mais je culpabilise un peu de dire cela car je suis plutôt du genre à vouloir respecter à fond le travail de l'auteur.... En même temps lui ayant demandé, il m'a dit que c'était justement fait pour que l'on puisse le lire de deux façons différentes et que donc on faisait comme on voulait... Donc pas de réel conseil ici, prenez 5 minutes pour réfléchir avant de commencer, et faîtes comme bon vous semblera.

Pour ce qui est des mots en eux-même je suis aussi parfaitement sous le charme. Déjà j'aime beaucoup l'emploi du "je" en général et là c'est très bien maîtrisé. Ensuite l'auteur fait la part belle au discours qu'il maîtrise impeccablement: les personnages parlent tous avec un langage fleuri du XVIIIème agrémenté de jurons et d'expression typiques de la piraterie, ca se lit comme ca s'entend (un peu comme mes critiques, mais je m'égare...). Ensuite on a l'action, rapide et incisive, pour finir sur les descriptions, pas trop nombreuses, toujours quand il faut et jamais trop longues. Stéphane Beauverger est un très bon manieur de la langue et ça se voit. Pour la peine, 4/5, et si l'achronologie des chapitres ne m'avait pas tant perturbé au début (et un peu par la suite, mais comme je dis j'apprécie l'originalité) il aurait eu son 5. Voila Stéphane ca t'apprendra a vouloir faire ton original.

 

D'un point de vue subjectif:

Un très bon bouquin. Et totalement hors des normes, c'est un bon point. Et bravo car un mélange réussi de piraterie et de fantastique abordant les fluxs temporels, c'est pas une mince affaire. Alors oui il y a des défauts, mais ne sont-ils pas rattrapés par les qualités? Sûrement. Mais pour être très franc j'ai eu du mal à vraiment me plonger dedans, y passer un temps fou etc... cette lecture m'a pris beaucoup de temps pour sa longueur. Tres certainement dû aux personnages qui ne m'ont dans l'ensemble pas plû. Alors pendant ma lecture je rechignais à m'y remettre, mais une fois fini j'étais déçu que cette histoire soit deja terminée et je me suis promis de remonter à bord bien vite, notamment pour le tester dans l'ordre chronologique. Donc 3.5/5, ce qui reste au dessus de la moyenne mais qui marque quand même que les personnages auraient mérités à être aussi formidables que l'histoire et le style, et que je n'ai pas été envouté par cette lecture, du moins avant de l'avoir finie.

 

Alors au final une note de... 14,5/20 Ca paraît peu par rapport à certaines autres notes, mais ca reste bien au dessus de la moyenne, et vu que je critique majoritairement ce que je considère comme de purs chefs-d'oeuvre, il fallait bien qu'un jour un très bon livre me paraisse sous-noté... et c'est le cas. Si vous me demandiez de donner une note globale à ce livre, sans tout ce travail de découpage en domaines de notations, je lui attribuerais 15.5 voire 16... mais c'est la dure loi de cette bibliotheque, je ne reviens pas sur telle ou telle note pour que la note finale me plaise plus, désolé Capitaine...

Donc pour résumer, si l'histoire vous interpelle et que vous n'avez pas peur d'une lecture un peu ardue (du moins si vous acceptez de découvrir les évènements dans l'ordre que l'auteur vous propose), lancez-vous. Ce livre n'a pas gagné tous ces prix sans les mériter, il possède vraiment de nombreux atouts qui en font un livre unique.

 

Les + : une histoire originale et bien ficelée, un style... original et bien ficelé, une grande alternance de situations, une langue orale introuvable ailleurs, on est bien nostalgique de le refermer à la fin

 

Les - : des personnages qui ne restent pas dans les annales (de la Compagnie Noire); une organisation des chapitres perturbante; ne donne pas forcément envie de s'y replonger à chaque occasion

Repost 0
Published by Balt - dans Fantastique
commenter cet article
2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 12:48

good-omens.jpeg

(pardon pour cette couv' anglaise introuvable sur un livre français mais elle est vraiment trop classe...)

 

Nouvel article dans le domaine du fantastique, j'dois en lire plus que je ne pensais... Bref, "De bons présages" en 3ème article car ce doit être le meilleur livre que j'ai lu de l'année alors bienvenue à lui !

 

Infos: Roman de 441 pages publié en langue anglaise pour la 1ère fois en 1990 et écrit par les deux maîtres britanniques de l'imaginaire contemporain: Terry Pratchett (prolifique auteur des cultissimes annales du Disque-Monde que je lirais certainement quand j'aurais 3/4 ans à perdre...) et Neil Gaiman (grand sachem du fantastique à travers des romans comme "American Gods", de nombreuses nouvelles ou le scénario de BD bien connues comme Sandman, bref un touche-a-tout du fantastique). Voila qui rappelle que oui, Mrs Rowling n'est l'auteur fantastico-britannique contemporaine la plus lue au monde que parce que les enfants n'ont pas encore perdu le goût de lire, et que les adultes l'ayant conservé ont pour la plupart relégué la lecture des littératures de l'imaginaire à un niveau culturel en dessous de celui de regarder Secret Story... Voilà qui est dit ! Monde de merde...

 

Résumé: L'apocalypse est programmée! Un enfant naît, appelé à devenir l'antéchrist à l'age de 11 ans, provoquant ainsi la fin du monde. Nous suivons principalement deux héros, un ange passionné par la lecture, Aziraphale, et un démon, Rampa, plus intéressé par sa Bentley avec laquelle il raffolle de prendre les autoroutes a 240 à l'heure en chantant a tue-tête les tubes de Queen qui passent sur son autoradio. Les deux sont très amis depuis toujours, tentant, avec succès, d'instiller en l'autre un soupçon de bonté ou de méchanceté de temps à autre. Et aucun de nos deux amis n'est vraiment en faveur de cette apocalypse: chacun aime l'humanité pour ce qu'elle est devenue et ce qu'elle produit. Ainsi décident-ils de surveiller ce nouveau-né et, si quelque chose de suspect est détecté, d'éviter cet évenement. Problème, le nouveau né a été échangé à la naissance avec un autre, et notre binôme ne surveille pas le bon... Ainsi la véritable histoire commence-t-elle 11 ans moins quelques semaines/jours après son introduction narrant la naissance de cet antéchrist.

 

Personnages:

Passons rapidement sur ceux qui ont déjà été mentionnés: Aziraphale et Rampa sont vraiment très réussis, drôles, cyniques, et parfaitement complémentaires. Leurs rôles d'ange et de démon sont parfaitement décrits, on se dit que s'il en existait parmis nous, on aimerait définitivement qu'ils leur ressemblent.

Evidemment d'autres personnages apparaissent. D'abord ce fameux antéchrist dont on suit les tribulations avec son groupe d'amis. Ce garçon n'est pas des plus attachants, mais est-ce son rôle? Et puis son groupe d'amis est bien construit et leurs aventures n'en sont donc pas inintéressantes.

On a aussi d'autres humains, notamment une sorcière qui détient un livre révélant cette prophétie et un chasseur de sorcières qui essaye de lui mettre le grappin dessus... et qy parviendra, mais pas dans le sens escompté. Ils sont moins marquants que Rampa et Aziraphale, mais permettent de varier le style de situations que l'on rencontre, et puis ils ne sont pas désagréables du tout.

Et les méchants alors? Plutôt agréables aussi. On suit des démons moins épris d'humanité que Rampa et qui, quant a eux font tout pour l'avénement de cette prophétie. Ca finira en confrontations assez violentes, pour changer de l'humeur légère du livre, donc on dit merci pour le changement d'ambience.

Ha et aussi notons l'apparition des 4 cavaliers de l'apocalypse (reprise d'un best-seller bien connu... je crois), renommés (avec beaucoup d'esprit) et ayant échangés leurs chevaux (ailés me semble-t-il?) contre 4 Harley Davidson, devant les mener au lieu où aura lieu l'Apocalypse, qu'ils sont censés diriger (bah oui, antéchrist ou pas, la fin du monde c'est une grosse responsabilité pour un enfant de 11 ans alors on lui donne des tuteurs).

Bref une photo de classe bien remplie, dont je n'ai décrit qu'une partie, et où tous les protagonistes ont un vrai relief, nos deux héros étant vraiment des plus réussis... donc 4.5/5 (un bémol car je ne suis pas totalement fan de ce fameux antéchrist)

 

Histoire:

On en a déjà pas mal parlé mais creusons un peu... Sa forme est aussi appréciable que son fond: on commence doucement, nos 2 héros pensent que cet antéchrist n'a rien de spécial, que le plan va échouer etc... et vivent donc leur petite vie pépère, à manipuler la destinée des humains... Puis on accélère quand on s'apercoit que ce n'est pas le bon: on commence par chercher à retrouver sa trace... Avant de terminer a toute blinde, quelques heures avant cette fin du monde programmée, tous les personnages (et ils sont nombreux) convergeant vers le même endroit, Rampa poursuivi par ses supérieurs qui apprécient moyennement son esprit conservateur, et son ami aux prises avec... vous verrez.

D'un point de vue plus réfléchi, notons bien que les auteurs jouent avec brio sur les sujets de Bien et de Mal, que ce soit avec nos deux compères ni tout blanc ni tout noir (voyez donc cette couverture en haut... ) mais aussi tout au long de l'histoire, avec un antéchrist pas si mauvais que cela, et aussi le coté du Bien dans son ensemble qui, par la voix de son maître (donc Dieu, suivez un peu...!) se déclare sans hésitation pour l'Apocalypse, qui pourrait être potentiellement la grande victoire du Bien sur le Mal, d'après les prophéties... L'Humanité? Oui hé bien croisez les doigts les gars, ca fait longtemps qu'on s'est pas battu contre le Mal alors là, hop, on en profite... Amen!

Bah donc ca part plutôt d'un bon postulat et c'est rondement mené donc on mettra un chouette 4,5/5, pour souligner quelques longueurs (de moins de 3 pages rassurez-vous)

 

Style:

Les auteurs sont messieurs Pratchett et Gaiman, on donnera donc 5/5....

Non soyons sérieux, ces messieurs maîtrisent parfaitement les 2 domaines principaux qui font l'armature de cette oeuvre: la théologie (lutte Bien/Mal, comme expliqué précédemment) et un humour omniprésent, surtout dans les dialogues totalement savoureux qu'ils nous offrent. Le tout servi par une écriture des plus ciselées (chaque auteur a fait SON premier jet, qu'il a transmis à l'autre, puis ils se sont séparés les évenements qu'ils ont réécrits en s'inspirant des idées de l'autre, chacun corrigeant la partie de l'autre une fois réécrite pour la rendre encore meilleure... Un travail de longue haleine mais qui vaut son pesant d'osties..). Tout cela mis ensemble on a l'impression quand on lit, de regarder la comédie la plus longue, profonde et drôle que le cinéma nous ait permis de voir... et en plus on fabrique les images nous-mêmes, elle est pas belle la vie? Et en plus le rythme varie tout aussi joyeusement au gré des envies des auteurs, les "chapitres" bêtement appelés Lundi, Mardi etc... sont entrecoupés de paragraphes séparés par de petits symboles divers et s'étalant d'un tiers de page à plus d'une dizaine de pages...

Bref tant dans la forme que dans le fond les auteurs se sont fait plaisir (probablement parce que leurs réussites passées les placent loin d'une quête de best-seller désagréable) et cette écriture "pour le plaisir" se ressent agréablement valant dans ce domaine un parfait 5/5 à ce très bon livre (mouais, on aurait gagné du temps à se limiter à la première ligne quoi...)

 

D'un point de vue subjectif:

Bah mince, si je remets une bonne note ca va encore faire une note abusée... mais j'y peux rien si j'ai mis ce bouquin en 3ème article c'est parce que c'est mon préféré de l'année, voire de bien plus...

Donc, livre très très agréable, surtout pour son originalité: peu de livres réussisent a faire sourire plus d'une fois par page comme celui-ci, et d'autant plus en abordant un thème comme la religion, l'Apocalypse etc... Un vrai tour de force que ne pouvaient réussir que ces 2 grands anglais du fantastique. Un vrai miracle de lire enfin un bouquin captivant comme un Gaiman et nous faisant autant rire (le bonhomme n'est pas un grand comique en règle général), donc merci Mr Pratchett, certainement responsable du grand potentiel humoristique de ce pavé. D'ailleurs, pour l'anecdote remarquons qu'il reprend, dans les cavaliers de l'Apocalypse, une Mort très ressemblante à celle qui sévit sur son Disque-Monde, hautaine, d'un calme olympien, cynique et surtout parlant toujours en majuscules... un clin d'oeil sympa pour les nombreux fans dont c'est le personnage préféré de ses annales.

Et puis qu'est ce qu'on aime quand Rampa s'attribue divers travers subissant l'Humanité de nos jours, s'attribuant l'invention des émissions télé en langue régionale ou de je ne sais plus quel périphérique anglais, visiblement mal construit et toujours embouteillé. A noter que souvent l'ange et le démon s'interrogent sur l'origine de tel ou tel évenement, divin ou démoniaque? Un exemple?

<Allons déjeuner, dit-il. Je te dois un repas depuis.... c'était quand?

- Paris, 1793, répondit Aziraphale.

- C'est ça. La Terreur. C'est une de vos opérations ou des nôtres?

- Des vôtres, non?

- J'ai oublié. Le restaurant était épatant en tout cas>

Tout ca pour mettre, parfaitement subjectivement un 4.5/5 pour conclure cette critique (pas un 5 car quelques longueurs, ce n'est pas un livre parfait, héé non...)

 

Voilà, ca fait quand même un très bon 18.5/20 ce qui risque de ne pas arriver bien souvent car ce livre est vraiment très très très bon. Bien pour ça que j'en fais sa pub bien vite. Dépéchez-vous de le lire, car on sait pas si la fin du Monde ne sera pas demain, et ca serait con de rater ca... Et si ca peut donner l'occaz d'aller papoter quelques centaines d'années avec messieurs Gaiman et Pratchett au Paradis, je prends...

 

Les + : très drôle; deux héros vraiment appréciables; très drôle; un sujet difficile mais bien traité; très drôle; 2 plumes divines pour un travail d'enfer

Les - : les héros sont tellement drôles que quand on suit d'autres personnages on n'attend que de les retrouver; un antéchrist un peu fade par rapport au roman; quand on le finit on se dit qu'on ne lira malheureusement jamais rien d'aussi bon dans ce style

 

(ma couv' à moi)

bonpresages.jpg

Repost 0
Published by Balt - dans Fantastique
commenter cet article
1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 16:42

9faerie

 

 

Une critique d'un livre fantastique pour commencer. Ce n'est pas ce que je lis le plus, mais l'ayant terminé hier ça paraît être le choix le plus judicieux, car il faut bien se faire la main.

 

Infos: Roman fantastique de 632 pages, écrit par Raymond E. Feist et publié pour la premiere fois en anglais en 1988.

 

Résumé: C'est l'histoire d'une famille aisée qui s'installe dans une maison de campagne après avoir vécu en ville, maison qui sera le théatre de nombreux évenements paranormaux et dangereux, liés à la présence sur ce terrain d'un antique "Ancien Peuple", aussi connu sous le nom des Fées mais qui ne se compose malheureusement pas que de ces charmantes créatures ailées.

 

Il est à noter que cet ouvrage est, à ma connaissance, le seul écrit par Raymond E. Feist en dehors de l'univers de la fantasy, puisqu'il est depuis de nombreuses années l'auteur d'une saga mythique de cet univers, "Les chroniques de Krondor" dont nous reparlerons probablement plus tard.

 

Personnages:

La famille s'installant près de cette dangereuse "colline du roi des elfes" (qui me permet de citer mon groupe de musique préféré, Elvenking, pour les amateurs de folk/metal) est constituée de 5 membres: Phil, le père, écrivain a succès; Gloria, la mère, actrice à la retraite grâce aux rentrées d'argent de Phil; Gabby, fille de Phil lors de son premier mariage et âgée d'environ 18 ans; et Sean et Patrick, jumaux de Phil et Gloria d'une dizaine d'année. A ceux-ci s'ajouteront divers personnages habitant dans les environs allant des spécialistes en légendes folkloriques à la mentor de Phil lors de sa scolarité.

Au final l'histoire sera vécue par un bon nombre de personnages, une dizaine, ce qui est plutôt pas mal. Tous ces personnages sont très différents et bien caractérisés, et auront tous une importance équivalente au fur et à mesures des nombreux chapitres mettant en exergue l'un ou l'autre. Le seul reproche que l'on peut faire à ce niveau-là est le manque d'un véritable "héros" ou du moins un personnage se détachant réellement par ces actions ou son caractère vraiment attachant.

Ce qui vaudra a Faërie, une note de 3,5/5 dans ce domaine, mais rassurez vous ce sera certainement la pire...

 

Histoire:

L'histoire est des plus originales, du moins pour moi, peut-être parce que je ne suis pas un gros lecteur de fantastique, mais en tout cas elle est très bien ficelée: tous les mythes folkloriques (principalement irlandais) ont un fond de vérité depuis la nuit des temps, bien que l'humanité n'en sache rien car ces êtres peuvent effacer auprès des hommes tout souvenir de leur rencontre. L'être le plus malveillant de cet "ancien peuple" tentera de relancer une guerre terminée depuis des centaines d'années suite a l'installation de cette famille sur ce terrain qu'ils n'auraient pas du pouvoir acquérir. Nombreuses sont les péripéties qui accompagneront cet être réellement maléfique (tentative de viol, kidnapping et j'en passe) permettant de passer allégrement d'évèvements heureux (découverte du véritable amour par Gabby, recherche d'un trésor enfoui sur la maison) à de vraies scenes de tristesse voire de désespoir pour la famille.

Voila donc une note de 4/5 pour l'histoire de Faërie

 

Style:

Un livre qui se lit vraiment avec beaucoup de plaisir. On sent que l'auteur a beaucoup d'années d'écritures derrière lui lorsqu'il réalise cet ouvrage. Les descriptions sont parfaites, que ce soit des décors fabuleux de la dangereuse forêt d'à coté, aux personnages tantôt angoissants tantôt réellement féeriques, sans oublier qu'il nous emplit les sens de couleurs et d'odeurs tout au long du livre d'une façon déconcertante.

Les dialogues aussi sont bien trouvés, véritable représentation de la langue orale des différentes générations qui sont présentes, et ces dialogues permettent de dévoiler précisément le caractère de certains personnages, plus que par leurs actes. On a vraiment l'impression d'entendre de réelles discussions comme elles existent dans la "vraie vie" et, mine de rien, c'est pas toujours el cas dans tout ce qu'on peut lire.

Pour finir les sentiments, bons ou désagréables, des personnages face aux évenements mystiques ou parfaitement normaux qu'il leur arrive sont retranscrits avec beaucoup de force et de précision, on ne relit jamais deux fois un passage pour se rassurer sur son contenu.

Voilà un beau 4,5/5 pour cet ouvrage.

 

D'un point de vue subjectif:

Un livre sans ambition démesurée mais qui accomplit a merveille son rôle: nous faire voyager durant plus de 600 pages sans nous lasser une seule seconde, nous donnant chaque soir l'envie de le rouvrir pour en connaître la suite. Une lecture qui se fait vraiment avec plaisir, alternant de nombreuses scènes d'un bonheur parfait avec d'autres de drame profond. Le seul défaut a souligner serait sa longueur pour 2 raisons: déjà c'est pas le tout mais on a autre chose a lire, et ensuite on a tellement envie de connaître la suite et la fin que lorsqu'on referme le livre et qu'il reste 350 ou 400 pages à lire, on est définitivement impatient. A ce sujet, j'indique que de nombreuses fois (je dirais plus de 5), en refermant le livre avant de me coucher, j'ai dit, ou pensé, "Qu'est ce qu'il est bon ce livre... mais qu'est ce qu'il est long ! M'enfin c'est pas grave, qu'est ce qu' il est bon... Merde il est deja 2H du mat'?"

Donc un bien bon bouquin qui récupère un 4/5 d'un point de vue tout à fait subjectif.

 

Ce qui donne donc une note finale de 16/20, pas mal non? Mais y'aura surement mieux un de ces 4, alors restez à l'écoute ;)

 

Les + : style, histoire originale, pas mal de personnages sympas qui apparaissent au fur et à mesure, alternance des passages légers et graves

Les - : un peu long pour un "conte de fées", très adulte pour une histoire "féerique" (pouvant décourager certains lecteurs amateurs de fantastique, ou être mis entre des mains trop jeunes), aucun personnage ne ressortant vraiment du lot (chose appréciable)

Repost 0
Published by Balt - dans Fantastique
commenter cet article